Le médecin et élu UMP Bernard Debré blessé par le livre d’une journaliste

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L’urologue et député de la 4e circonscription de Paris Bernard Debré a porté plainte en diffamation contre Odile Plichon, auteure du « Livre noir des médecins stars », publié chez Stock. Le jugement a été mis en délibéré au 23 juin 2015. Le procès.

Ni Bernard Debré, pourtant plaignant, ni son ami Xavier Bertrand, dont le nom est plusieurs fois revenu dans les discussions, n’étaient à l’audience du mardi 19 mai 2015 au Palais de justice de Paris pour s’offusquer des propos tenus par Odile Plichon, alors grand reporter au Parisien (maintenant chef du service Economie) dans un livre publié chez Stock en 2012 et intitulé « Le livre noir des médecins stars ». Le but de son ouvrage vendu à près de 10 000 exemplaires : « Le problème d’accès aux soins m’est apparu au fur et à mesure de mes enquêtes, notamment pour une question financière. Le système du secteur privé à l’hôpital n’est pas contrôlé et il se traduit par de très graves dérives, qui sont le fait d’une minorité. Juste avant la présidentielle de 2012, j’ai voulu raconter les dessous des hôpitaux publics », explique très clairement et posément l’auteure à la barre du tribunal correctionnel.

Trois plaintes sur cinquante noms

Deux ans, 150 interviews et 30 cahiers de notes plus tard, l’éditeur et écrivain Jean-Marc Roberts (décédé en 2013), supprime les chapitres dédiés aux liens entre certains médecins et l’industrie pharmaceutique pour retenir 400 pages d’investigations durement menées. Odile Plichon résume : « Je parle dans ce livre, qui n’a pas été fait contre les médecins mais avec les médecins, de 50 praticiens stars. En aucun cas, je n’ai parlé des pratiques médicales : je ne suis pas habilitée. Ce travail – énorme – concerne la sur-représentation de personnes qui ont des réseaux, la transparence du système et le défaut d’évaluation. Il s’agit d’un débat sur l’accès aux soins ».

Sur les 50 noms cités, seulement trois plaignants. « Le docteur Stéphane Delajoux s’est désisté », précise encore la prévenue. Restent l’oncologue David Khayat (l’affaire devrait être jugée en janvier 2016) et… Bernard Debré, sorte de patron d’une entreprise de « mystification » : il se serait fait passer, pendant vingt ans, pour le chirurgien qui a opéré François Mitterrand de la prostate, en 1992.

Nommé consultant « comme par magie » ?

Dans sa plaidoirie, Me Constance Debré, l’avocate du célèbre médecin de l’hôpital Cochin, ministre sous Balladur, accuse : « On dresse dans cet ouvrage le portrait d’un imposteur, on lui donne l’image d’un vaniteux, qui gagne beaucoup d’argent. On dit qu’il a été recalé de l’Académie française, de l’Académie des Belles lettres, et qu’il aurait triché pour se présenter à l’Académie de Médecine en faisant plancher, à sa place, l’un de ses assistants. C’est faux, c’est diffamatoire car ces propos le ridiculisent ! ». Le conseil de la partie civile – absente rappelons-le – poursuit sur les deux autres passages soulignés par Bernard Debré : « Ce livre affirme qu’il a été nommé consultant contre l’avis de ses pairs et contre la procédure, avec le soutien de Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé, comme par magie, via la formule dite consacrée « Abracadabra ». Il n’est pas dépeint comme l’homme courageux qu’il a été, car lanceur d’alerte dans le scandale du Mediator ». Le préjudice pour l’élu ? « Il a été très blessé d’être remis en cause dans sa qualité de médecin. » Le conseil réclame 20 000 € de dommages et intérêts pour son client, dont il a été établi par Odile Plichon qu’il avait gagné 300 000 € en un an, rien que sur la seule journée par semaine à laquelle il avait droit pour prendre en charge des patients du secteur privé.

Un réquisitoire sans appel

Le procureur à l’audience n’aura posé que quelques questions au cours de débats pour livrer un réquisitoire court et sans appel : pour elle, les passages incriminés par Bernard Debré ne sont pas diffamants, ni attentatoires à son honneur et à sa considération. « Beaucoup jouent de leurs relations. L’enquête de Madame Plichon est sérieuse, ses propos sont mesurés et prudents. Au pire, elle peut avoir le bénéfice de la bonne foi. »

De son côté, l’avocate de la défense, Me Léa Forestier, souligne : « Dire que le titre de consultant obtenu par Bernard Debré est illégitime et illégal est une extrapolation des propos tenus dans le livre. En aucun cas, on ne parle de trafic d’influence, ni d’une quelconque tricherie. Dans ce dossier, il n’y a pas, non plus d’animosité personnelle : ma cliente dit également que le docteur Debré est l’un des rares professeurs qui marche encore dans les couloirs de son service ! Il devrait être plus exposé à la critique, puisqu’il est une personne publique ! Il y a dans cette affaire, à mon sens, un abus de constitution de partie civile, pour lequel nous demandons 5 000€. Ce que vous qualifiez de diffamatoire relève en fait de la blessure narcissique ! », lance-t-elle à la partie adverse.

Le jugement a été mis en délibéré au 23 juin 2015, à 13h30.

(Article paru sur le site du cabinet d’avocats Bourdon & Forestier)

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