Coups de cutter à la gorge et de cornichons à la tête : le mari jaloux en prison

Un habitant du cossu XVIe arrondissement de Paris vient d’être incarcéré pour des violences avec arme. Il a reconnu avoir eu un « coup de fou » en voyant celui qu’il soupçonnait d’être l’amant de sa femme dans une supérette de leur quartier. L’affaire commence dans le rayon des condiments.

C'est dans une supérette du XVIe arrondissement que le suspect a été interpellé, en flagrant délit.
C’est dans une supérette de cette rue du XVIe que le suspect a été interpellé, en flagrant délit.

Paris, XVIe. Nous sommes le 14 avril 2015, en plein après-midi. Efrène M., 45 ans, gare sa voiture devant la supérette de son quartier : il a besoin d’acheter des couches pour le plus jeune de ses trois fils. Il n’en a pas pour longtemps : sa femme et leur enfant peuvent donc attendre dans le véhicule. L’affaire ne dure que quelques minutes en effet mais elle va se terminer, le jeudi 21 mai suivant, par une comparution immédiate devant la 23e chambre du tribunal correctionnel et un long séjour à Fleury-Mérogis. Le premier de ce Philippin résidant depuis quinze ans en France, au casier judiciaire jusque-là totalement vierge.

Il attrape un pot de cornichons…

« Que s’est-il passé ? », demande la présidente au prévenu, encadré par les gendarmes. L’interprète traduit : « J’étais furieux de le voir ». Efrène M. s’adresse à l’homme, plus jeune que lui de dix ans, installé sur le banc de la partie civile. Cet homme est un proche de sa famille : sa femme est la marraine de son fils. Cet homme est aussi, et surtout, celui qu’il soupçonne d’être l’amant de son épouse.

Ça fait trois ans que l’histoire dure et ce jour-là, je suis devenu fou. » A-t-il pensé que cet ennemi supposé avait donné rendez-vous à sa belle adultère dans les rayons du supermarché pour lui voler un baiser ? Le mari jaloux se trouve au niveau des condiments : il attrape un pot de cornichons et l’envoie violemment à la tête de sa victime avant de se jeter dessus pour lui asséner des coups de poing.

« Le poissonnier va intervenir pour vous séparer : vous sortirez alors du magasin et la partie civile poursuivra ses courses, croyant ainsi l’incident clos », résume la juge.

… retourne à sa voiture et prend un cutter

Efrène M. arrive à sa voiture, « mais certainement pas pour quitter les lieux », insiste la présidente, en signalant au prévenu qu’il a de la chance d’être renvoyé devant son tribunal pour des violences aggravées (passibles de cinq ans de prison) plutôt que devant la cour d’assises, pour répondre de tentative d’assassinat (punie de la réclusion criminelle à perpétuité).

Le prévenu reconnaît avoir ouvert le coffre, et choisi une arme pour retourner dans la supérette. Dans un anglais approximatif mêlé de quelques mots en français, il explique avec l’aide de son traducteur : « Il y avait un marteau, il y avait un tournevis… J’ai pris un cutter ». « Et vous avez foncé à nouveau tout droit sur la victime, dans le rayon des fruits et légumes », reprend la magistrate. C’est « au beau milieu des étals de tomates et oignons » que la victime est frappée à la gorge de deux coups de lame, qui nécessiteront tout de même 21 points de suture.

« Votre femme n’est pas votre propriété comme un meuble ! »

La procureure interroge à son tour : « Que pensez-vous aujourd’hui de la situation ? ». « Je regrette tout, je suis prêt à payer pour ce que j’ai fait, même si je vais en prison. » La procureure, toujours : « D’accord mais croyez-vous encore que votre femme vous trompait ? ». « Non, je ne pense pas. »

La présidente interrompt : « Votre épouse (assise au troisième rang dans la salle) a passé son temps à tenter de vous rassurer : il ne s’est jamais rien passé entre elle et lui. Et puis il existe d’autres solutions que le recours à la violence : vous êtes mariés, vous pouvez donc divorcer, non ?« . Les mains à nouveau croisées dans le dos, Efrène M. est catégorique : « Pour moi, non« . La présidente hausse le ton, les yeux rivés sur ses dossiers : « Votre femme n’est pas votre propriété comme un meuble ! ».

Le débat s’arrête là. L’avocat de la partie civile réclame l’euro symbolique pour mettre fin à cette affaire qu’elle qualifie de « familiale ». La représentante du parquet évoque un comportement passionnel qui ne justifie en rien la « barbarie » du spectacle donné dans la supérette et demande une peine de trois ans dont un avec sursis ainsi que le retour immédiat derrière les barreaux.

Direction Fleury, pour un an et demi

Des réquisitions « insensées », pour la défense, qui plaide le « délire » passager, les circonstances atténuantes d’une vie de galère dans un studio de 20 m2, à cinq, dans le XVIe, et un avenir prometteur malgré le récent chômage du prévenu, technicien de maintenance dans un palace de la capitale. « Le couple vient d’acheter une maison et monsieur doit ouvrir une société de peinture et de bricolage. Une injonction de soins est la seule vraie réponse à son acte, unique », affirme le conseil.

Cette proposition n’est manifestement pas du goût du tribunal : il prononce contre le Philippin quatre ans de prison dont un et demi ferme, assortis d’une mise à l’épreuve de deux ans, comportant une obligation de suivi psychiatrique, de même qu’un mandat de dépôt.

« Sonné » par la décision, Efrène M. cache ses larmes. Avant d’offrir ses poignets devant être menottés à ses gardiens, il applaudit sa femme, rit jaune, dresse un index vers le ciel et repose une dernière fois ses yeux sur elle, qui détale…

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