Emmanuel M. ne frappe personne, sauf sa mère

Un producteur de musique sans activité a été envoyé en prison le 21 mai 2015 pour des violences sur sa mère, sous curatelle et âgée de 70 ans. Il habitait chez elle, dans le XXe à Paris, malgré l’obligation qui lui avait déjà été faite de s’en éloigner.

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Emmanuel M. a la quarantaine bien fatiguée. Le cheveu poivre et sel sur un crâne dégarni, c’est, le regard éteint, qu’il se présente devant la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour répondre de coups qu’il avoue avoir portés à la tête de sa mère, une retraitée âgée de 70 ans, sous curatelle renforcée. Nous sommes jeudi 21 mai 2015 mais l’épisode de violences remonte au 13 avril précédent et c’est donc, encadré par les gendarmes, que le prévenu est renvoyé devant ses juges, en comparution immédiate.

Je n’ai jamais vu, en vingt-cinq ans de carrière, un casier judiciaire comme le vôtre, monsieur ! », matraque d’emblée la présidente. Si les cinq condamnations déjà prononcées contre Emmanuel M. ne sont pas exceptionnelles du fait de leur nombre, elles sont effectivement atypiques de par leur origine, invariable : c’est aujourd’hui la sixième fois, depuis 2004, que l’homme doit expliquer des violences commises contre celle qui lui a donné la vie.

« Pourquoi votre mère vous fait-elle chier ? »

La juge ne s’embarrasse plus : « Pourquoi votre mère vous fait-elle chier – je rappelle vos déclarations – ? ». L’ex-producteur de musique, sans activité depuis des années et percevant l’allocation pour adultes handicapés depuis des soucis de santé, s’exécute sans se faire prier : « C’est moi, qui fais le ménage à la maison. C’est moi, qui fais les courses. C’est moi, qui paie tout. Des fois, elle me parle en portugais. Je comprends rien. Des fois, elle me confond avec son mari… ». Bref, « rien ne vous impose de vivre chez elle, d’autant que vous avez déjà eu l’interdiction de séjourner dans son appartement et qu’elle dispose d’une aide à domicile ainsi que d’une aide-ménagère et d’argent de poche », reprend la magistrate, qui va lire le rapport de police.

« Les fonctionnaires sont appelés pour se rendre dans le XXe arrondissement, à 14h ce 13 avril, car des riverains ont entendu des hurlements poussés par une femme, depuis une fenêtre du deuxième étage d’un immeuble. Les policiers parviennent à retrouver le logement et découvrent une femme âgée se tenant l’épaule droite, en pleurs, criant que vous alliez la tuer. » Le décor est planté.

A ce moment-là monsieur, vous étiez torse-nu, à la table du salon, devant une bouteille d’alcool. Votre mère se plaignait de douleurs sur le haut du corps – rappelons qu’elle porte un pacemaker – et à la tête. Que lui aviez-vous fait et qu’aviez-vous bu ? », demande la présidente à Emmanuel M.

« On n’atteint pas 2,3 g/l avec une seule demi-bouteille de rosé ! »

« Ce matin-là, elle était partie avec mes cigarettes et mon briquet. Je me suis énervé quand elle est rentrée : je lui ai mis deux coups à la tête, des tapes, petites, et je suis allé regarder la télé. Je n’avais bu qu’une demi-bouteille de rosé », raconte le prévenu en montrant, de sa main droite, comment il avait frappé « doucement » sa mère, comme un parent pourrait chahuter avec son enfant. La juge ne croit pas un mot de ce mauvais fils et l’accable illico : « On n’atteint pas 2,3 grammes d’alcool dans le sang avec une seule demi-bouteille de rosé, monsieur ! De plus, sachez qu’avec un simple coup sur la tête, on peut tuer quelqu’un ! ».

Sagace d’un coup, Emmanuel M. explique alors vouloir reprendre son activité de producteur qui, dans un passé plus glorieux selon lui, l’avait amené à vivre « à Londres et en province », quitter définitivement cette retraitée qu’il ne supporte plus et qu’il reconnaît insulter copieusement tous les jours de « salope, menteuse, voleuse ». « Je vais aller vivre chez des amis, aux Etats-Unis. Je suis à la recherche de nouveaux artistes. Je veux partir loin de Paris. » Pas avant un an et demi : le tribunal l’a condamné à deux ans de prison dont six mois assortis du sursis et d’une mise à l’épreuve de trois ans, pendant lesquels il devra soigner son alcoolisme et ses accès de violence. Une décision à effet immédiat. Et, une fois de plus, il a interdiction de s’approcher de sa mère.

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