« Allô cannabis » est momentanément indisponible

Le tribunal correctionnel de Paris juge quotidiennement des affaires liées au trafic de stupéfiants, en particulier de résine de cannabis. Focus sur l’une d’elles, pour laquelle un dealer présumé a été condamné à huit mois de prison avec sursis, mardi 19 mai 2015.

D'après l'exploitation de ses téléphones, le prévenu recevait 20 appels toutes les huit minutes (© Peter Kaminski/cc/Flickr)
D’après l’exploitation de ses téléphones, le prévenu recevait 20 appels toutes les huit minutes (© Peter Kaminski/cc/Flickr)

« Le consommateur ne sait jamais à qui il a affaire : on lui a donné la ligne archi-connue « Allô cannabis » un mois plus tôt, qu’il appelle pour se faire livrer chez lui. Ce numéro change souvent, et il tourne dans le milieu étudiant. » La présidente de cette chambre du tribunal correctionnel en est à sa troisième affaire de stupéfiants, ce mardi 19 mai 2015 : elle abrège, car le prévenu qu’elle doit juger ne comparaîtra à nouveau devant elle que lorsque son dossier sera complet. Yacine B., un autre dealer présumé, lui, est fin prêt à répondre aux trois magistrats qui l’interrogent dans une salle toute proche.

Le matériel stocké dans la boîte à gants

« Le 26 mai 2014, des policiers vous ont surpris en pleine transaction alors que vous étiez au volant d’une Toyota Yaris. Vous avez pris la fuite mais on vous a retrouvé deux jours plus tard, rue de Crimée, en train de forcer le passage, encore. Cette fois, ils vous ont interpellé », raconte la magistrate. Les « produits » étaient « stockés dans la boîte à gants du véhicule : les enquêteurs ont découvert un couteau, une bombe lacrymogène, une balance de précision, 8 pochons de cannabis, 1 pochon de 2 g de cocaïne et 350 € en espèces ». Elle poursuit : « Vous avez de nouveau tenté de prendre la fuite lors de la perquisition à votre domicile, où vous avez outragé les fonctionnaires, en les menaçant de les « faire tomber », de les « buter avec une Kalachnikov« , et en les insultant de « bande de fils de pute », je cite ».

« C’est un sale gosse qui a voulu se prendre pour un caïd »

Doudoune, jean, baskets, crâne rasé. Yacine B. a 22 ans. Cet habitant de Noisy-le-Sec en Seine-Saint-Denis (93) comparaît libre, sous contrôle judiciaire. Cela fait maintenant un an, que son procès est renvoyé. Et il ne cache pas son agacement : « Je fume depuis mes 17 ans. Cinq à six joints par jour. Je dépanne de temps en temps. C’est du travail au noir. Mais qui ne me rapporte rien : je ne suis pas un dealer, je ne me suis pas rebellé et je n’ai traité personne : les policiers se sont acharnés sur moi, ils m’ont cassé une dent ! ». La procureure : « Les violences policières, ça existe. C’est très grave, et elles doivent être punies. Avez-vous porté plainte, monsieur ? ». Silence, à la barre. La présidente reprend : « D’autant que je ne lis rien, à ce propos, dans le rapport du médecin qui vous a consulté en garde à vue ». L’avocat de la défense ne moufte pas lui non plus. Enfin jusqu’à sa plaidoirie. Il éructe : « Mon client a la capacité de rendre les gens assez chèvres, moi le premier. C’est un sale gosse qui a voulu se prendre pour un caïd mais vous lui imputez un trafic dantesque ! ».

20 appels toutes les huit minutes

Plus tôt dans la journée, la même présidente a eu à instruire un dossier du même type et elle estime : « La vente de cannabis vous rapporte au minimum 1000€ par semaine. Vos deux téléphones ont été exploités : vous receviez 20 appels toutes les huit minutes, ont chiffré les enquêteurs. Il s’agit bien d’une organisation ! » Le prévenu, qui avoue se fournir à Aulnay-sous-Bois, conteste : « Ce sont des appels personnels, pour ma consommation personnelle ». Son défenseur insiste : « Mon client est immature et muet comme un enfant. Jusqu’au bout, il m’aura agacé mais ma faiblesse a été d’être touché par ce jeune homme, en grande souffrance, qui en veut à la terre entière, et qui a des paroles suicidaires ».

Le conseil évoque l’absence d’autorité parentale et l’influence « perverse d’un beau-frère d’une rare violence ». Il demande un sursis avec une mise à l’épreuve comportant une obligation de soins, que le tribunal prononcera, fixera à huit mois, et… assortira de la confiscation des scellés, soit des téléphones et de la voiture achetée 3500 € cash « avec les petits boulots de plomberie » que Yacine B. a exécutés « au black ». Quant aux policiers qui s’étaient constitués partie civile, ils devront être dédommagés à hauteur de 1300 €. Pas de prison donc pour le prévenu, tapé au portefeuille.

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