Trois membres d’Action française condamnés pour un tabassage dans le métro

Trois membres d’Action française, un mouvement royaliste taxé d’extrême-droite, ont été condamnés pour un « lynchage » dans le métro, à Paris, en marge d’un hommage à la manifestation des étudiants résistants du 11-Novembre, en 2011.

julien lico

Ils sont trois et chacun est assis sur un banc différent, libre, sous contrôle judiciaire, pour répondre de violences aggravées commises le soir du 11 novembre 2011, à Paris, dans la ligne 1 du métro, entre les stations Palais-Royal et Tuileries. Les victimes, au nombre de deux, ne sont ni présentes dans cette salle du tribunal correctionnel, ni même représentées par un avocat. Ce mardi 26 mai 2015, pourtant, le procès de trois sympathisants d’Action française, une organisation nationaliste et royaliste frappée de l’étiquette « mouvance d’extrême-droite », va s’ouvrir, loin des projecteurs et dans la plus grande discrétion.

Coups de pieds, de poings, de drapeaux, et de canne

Les faits, d’après leur reconstitution « tel un puzzle » selon la procureure à l’audience. Il est environ 19h30, quand une personne se dispute une place assise dans la rame avec un autre usager. Le ton monte : un inconnu (qui ne sera pas retrouvé) lance à l’un des protagonistes « Rentre chez toi ». Premier problème : ce protagoniste, accompagné par son cousin, parlant très peu le français, est d’origine maghrébine. Second problème : au moment où cette phrase – raciste donc – est lancée, entre dans le métro un groupe d’une dizaine de personnes transportant des drapeaux tricolores surmontés d’une fleur de lys, l’emblème des rois de France, et frappés des lettres AF, en jaune citron… Ce sont des membres d’Action française. « Les deux victimes reçoivent des coups de pied, de poing, de drapeaux, et l’un des agresseurs assénera des coups de canne à pommeau métallique sur la tête de l’un des deux jeunes, qui se réfugiera sous les sièges, avant que l’alerte ne soit donnée et qu’un mouvement de foule ne soit constaté sur le quai, à la station Tuileries, où tout le monde prendra la fuite », résume le président. Il énumère les trois circonstances aggravantes retenues contre les prévenus : violences avec arme par destination, en réunion et en raison de l’appartenance – vraie ou supposée – des victimes à une nation ou une ethnie. La peine maximale pouvant être prononcée contre ces trois sympathisants ? Sept ans de prison.

Une instruction qui nécessitera beaucoup d’investigations

« Avisé de cette agression, le commissariat du Ier arrondissement identifie cinq suspects, grâce à l’exploitation de la vidéosurveillance. Les policiers se rapprochent de leurs collègues des Renseignements, qui identifient à leur tour ces cinq personnes. Au final, vous serez trois à être convoqués, placés en garde à vue, et mis en examen par le juge d’instruction, qui poursuivra l’enquête sous commission rogatoire », rappelle encore le magistrat, en ponctuant : « Une enquête qui nécessitera beaucoup d’investigations et qui se soldera par la reconnaissance de votre présence dans le métro, ce soir-là, du bout des lèvres ».

Oui, ils y étaient mais non, ils n’ont rien vu

Les prévenus, trois ans et demi après les faits. François-Xavier C. et Baptiste N. ont tous les deux 22 ans mais ne se connaissent pas, du moins pas intimement, disent-ils. Le premier est en 3e année de BTS pour devenir agent immobilier ; le second, vendeur de matériel de bricolage dans le XVe. L’un est grand et son style plutôt BCBG. L’autre est petit, chétif, et somme toute ordinaire. Aucun des deux n’a le crâne rasé. Pas plus que le troisième mis en cause : François C., 31 ans, est commis de cuisine à la recherche d’un emploi, dans son costume impeccable et sa tenue parfaitement droite à la barre du tribunal. Personne, ici, n’a cherché à cacher son idéologie d’alors. Oui, ils étaient nationalistes ou le sont toujours. Non, ils n’ont rien contre les étrangers. Non, ils n’ont pas participé au tabassage. Non encore, ils n’ont rien vu. Et oui, ils ont suivi le mouvement de foule quand ils ont compris que quelque chose venait de se produire ce soir-là. Difficile à croire, pour la représentante du parquet, d’autant que Baptiste N. a parlé de « pressions » et de loi du silence au cours de ses interrogatoires. Elle réclame 18 mois de prison dont 15 avec sursis contre les trois prévenus, quel qu’ait été leur rôle dans ce « lynchage ».

Les trois avocats plaident la relaxe pure et simple

Net, Me Elie Hatem, l’avocat de l’organisation royaliste, qui défend Baptiste N., précise : « Mon client est d’origine turque et moi, je ne suis pas d’origine française. De plus, ce 11 novembre, la cérémonie était dédiée aux étudiants qui avaient manifesté contre l’occupation nazie en 1940. Donc arrêtons avec cette circonstance aggravante de racisme, sauf si on veut faire un procès d’intention à l’Action française, qu’on considère comme des extrémistes de droite, des casseurs ou des anti-républicains qui auraient voulu se faire des étrangers dans le métro ! ». Me Fabrice Delinde, qui défend, lui, l’auteur principal présumé des violences, François C. – dont la mémoire « aléatoire » et défaillante ne lui a rien fait dire aux magistrats -, ajoute à l’adresse de la procureure : « Retenir contre ces trois personnes les violences en raison de l’appartenance des victimes à une nation est une théorie tirée par les cheveux : aucun d’eux ne leur a dit de rentrer dans leur pays ! Les témoins, dans cette affaire, se sont eux-mêmes contredits et vous n’avez aucune preuve de leur participation aux faits ». Même plaidoirie pour Me Nicolas Cassart, le conseil de François-Xavier C. Les trois avocats demandent la relaxe, purement et simplement.

Après deux heures de débats et cinquante minutes de délibérations, la décision finit par tomber, en cet après-midi calme au palais : François C. et François-Xavier C., tous deux déjà condamnés pour des violences (lire, en cliquant ici, un article de RTL), écopent d’un an de prison avec sursis. Baptiste N., au casier judiciaire vierge, a trois mois avec sursis comme épée de Damoclès au-dessus de la tête.

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