Le passeur-bienfaiteur promettait de gros profits aux jolies chinoises

Le tribunal correctionnel de Paris a épluché, jeudi 28 mai 2015, quelque 1 300 pages d’un dossier mêlant deux prévenus de nationalité chinoise à une filière d’immigration clandestine et à un réseau de proxénétisme.

p.k.

Fastidieux. Un homme, détenu, et une femme, libre sous contrôle judiciaire, comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Paris, jeudi 28 mai 2015, pour répondre d’une affaire mêlant immigration clandestine et proxénétisme. Tous deux de nationalité chinoise, les prévenus sont soupçonnés d’avoir aidé des compatriotes à entrer illégalement en France et à s’y installer. L’instigateur présumé de cette organisation devait par ailleurs s’expliquer sur son rôle de recruteur et de garde du corps de prostituées. En clair : de « mac ».

Renseignement anonyme, écoutes, surveillances

Les quelque 1 300 pages de cet assommant dossier commencent le 21 mai 2013. « L’Office central pour la répression de l’immigration irrégulière et de l’emploi d’étrangers sans titre (Ocriest) reçoit un renseignement anonyme désignant un individu comme étant responsable d’une filière clandestine », commence le président. Un premier numéro de téléphone est communiqué aux enquêteurs, qui saisissent le procureur de la République, lequel ouvre une enquête, méticuleuse. Des écoutes multiples aux longues surveillances de la police, un juge d’instruction est nommé. Les mêmes investigations se poursuivent sur internet, par des auditions, et de nouvelles informations, venant cette fois d’un officier de liaison à Canton, au Sud du pays le plus peuplé au monde. D’après les « tuyaux » communiqués aux Français, un homme, depuis le VIIe arrondissement de Paris, fait venir dans la capitale certains de ses compatriotes depuis Shangai et Pékin, grâce à des visas touristiques qu’il obtient auprès d’agents administratifs chinois corrompus et via des partenaires sur place, qui font office d’ « agences de voyage ».

12 000 € le voyage, tout compris (visa, vol, logement, travail)

Selon la province où ces « clients » résident et donc la difficulté pour eux d’obtenir le fameux sésame, il leur fait ouvrir des comptes bancaires sur lesquels ils doivent verser des sommes comprises entre 10 et 12 000 €, parfois le double : plus la personne est jeune, plus le tarif est élevé. Ces sommes sont débloquées à leur arrivée à l’aéroport Orly ou CDG : c’est le « cerveau » lui-même, toujours sur écoute, qui donne le feu vert à ses associés.

Les prévenus sont-ils des passeurs ? Elle, défendue par Me Géraldine Berger-Stenger, n’est compromise que dans un voyage et un seul : celui d’une cousine éloignée qu’elle assure avoir organisé de manière totalement désintéressée. Lui, affirme que non, pas du tout. Tout juste a-t-il aidé, en effet, deux proches à arriver en France, assure-t-il, représenté Me Nadia El Keilany. « Et je voulais seulement rendre service à mes compatriotes : je n’ai jamais perçu d’argent pour cela. S’ils avaient choisi de rester illégalement ici, une fois leur visa expiré, je n’en savais rien. » Quid des promesses qu’il a faites de leur trouver un logement et du travail ? L’homme, âgé d’une quarantaine d’années et au physique athlétique, ne répond rien. Les investigations ont identifié une quinzaine de personnes en tout, parmi lesquelles des chauffeurs, des logeurs, des patrons… parfois de salons de massage (lire, en cliquant ici, un article de Metronews).

Cinq à six clients par jour, 150 € l’heure

Le président rappelle alors certaines déclarations en garde à vue : « Vous avez dit être vous-même arrivé en France pour deux raisons, distinctes. D’abord parce que, en tant que sportif, vous avez fui votre pays à cause de la pollution importante qui y règne. Ensuite parce que, en tant que bouddhiste, vous étiez persécuté par le régime. Enfin, pourquoi la France : parce que vous trouvez le pays très charmant et très respectueux des droits de l’Homme« . D’après les communications téléphoniques et nombreuses annonces que les policiers le soupçonnent d’avoir passées sur internet, le prévenu promettait par ailleurs aux jeunes et jolies chinoises, âgées de 18 à 26 ans, de gros profits financiers, des salaires de 4 ou 5 000 € et parfois de 12 000 €, si elles accompagnaient des hommes pour boire, manger et chanter lors de leurs visites et réunions dans les hautes sphères parisiennes. « L’activité prostitutionnelle étant présentée, sur les différents sites sur lesquels vous faisiez de la publicité, comme étant tolérée en France » (lire l’article de L’Express publié le jour de l’audience), reprend le magistrat, qui fait également état de l’audition de l’une de ces femmes qui a dénoncé le prévenu. « Vous l’avez accueillie chez vous pendant une dizaine de jours et vous lui rameniez cinq à six clients par jour. Ils payaient 150 € l’heure : vous preniez 30 € de commission. »

Baby-sitters la semaine, prostituées le week-end

Les écoutes l’accablent : « Les policiers vous ont entendu renseigner un client sur les tarifs pratiqués par une autre prostituée : « C’est 200 €, avec préservatif, pipe, action et massage », je cite vos propos », continue le président, qui s’avoue « fatigué » par le mutisme de son interlocuteur.

« Sur internet, c’était de la stratégie commerciale mais qui ne correspondait à aucune réalité. Je n’ai mis personne en relation. C’était pour trouver des amis. Après, effectivement, j’ai aidé des femmes à se loger », concède-t-il. « Pourquoi cachiez-vous la pièce d’identité de l’une de ces femmes dans la tuyauterie de votre appartement ?« , interroge à nouveau le magistrat. « J’avais été cambriolé : c’était une mesure de sauvegarde. » Qu’en est-il, de ces personnes qui, la semaine, étaient baby-sitters, et, le week-end, prostituées ? Silence, à nouveau.

42 mois de prison et maintien en détention

Qualifié de « menteur » par certaines, auprès de qui il se serait tantôt présenté comme « antiquaire », « guide touristique »… « bref, un homme multicartes », ironise le président, le prévenu est taxé par la procureure à l’audience de « passeur-bienfaiteur cynique » n’ayant « aucune légitimité à se prévaloir d’un quelconque humanisme puisque bien au courant de l’avenir de ces jeunes femmes qu’il exposait à la précarité et à des faits de délinquance« . Contre lui, la représentante du ministère public réclame cinq ans de prison, le maintien en détention, 30 000 € d’amende et l’interdiction définitive du territoire national. Contre elle, c’est un an de prison avec sursis et 5 000 € d’amende seulement qu’elle demande, vu son implication moindre dans le dossier et son intégration dans le pays : elle est mariée à un Français, détient un titre de séjour, et justifie d’une activité professionnelle légale de masseuse, loin des salons répréhensibles.
Mise en délibéré au mardi 9 juin, la décision du tribunal est légèrement moins sévère que les réquisitions : l’homme a été condamné à 42 mois de prison, au placement sous mandat de dépôt, à 30 000 € d’amende et à l’interdiction définitive du territoire français. Sa coprévenue a, elle, écopé de huit mois avec sursis et d’une amende de 3 000 €.

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