Addict aux casinos, elle détourne 80 000 € sur des comptes dormants

Une ex-conseillère de la Banque Postale et son mari ont été jugés devant le tribunal correctionnel de Paris, jeudi 27 mai 2015. Elle, répondait d’un détournement de 80 000 € sur des comptes dormants. L’un appartenait à une retraitée, décédée. L’autre, à une cliente, attentive. L’argent a été dilapidé dans les machines à sous.

(© Stéphane Mahot/cc/Flickr)
(© Stéphane Mahot/cc/Flickr)

« T’inquiète, je gère », disait-elle à son mari, bien au courant de l’addiction de cette conseillère à la Banque Postale pour les machines à sous. « J’ai tenté de lui parler mais je l’aime. Si j’avais insisté, elle aurait divorcé. Je suis fautif aussi, mais je jure de ne jamais avoir profité de l’argent qu’elle a détourné. » C’est ainsi qu’a débuté le procès d’un couple âgé d’une cinquantaine d’années devant le tribunal correctionnel de Paris, jeudi 27 mai 2015. Elle, devait répondre du vol de 80 300 € au préjudice de six clients de l’établissement pour lequel elle a travaillé pendant trente ans. Lui, était renvoyé pour recel. Les juges ont déclaré les époux coupables. Et pour cause : ils ont tout avoué.

« J’avais un portefeuille de 700 à 1 000 clients »

L’histoire. Françoise B. découvre le monde du jeu et des casinos il y a dix ans. « Je suis rapidement devenue addict aux machines à sous. J’y allais de plus en plus souvent. En région parisienne mais aussi sur la côte : nous avons d’abord eu une maison au Touquet, ensuite aux Sables d’Olonne. Sur les derniers temps, je m’y rendais le vendredi, le samedi et le dimanche. Dans la semaine, aussi. » Plus la mère de famille joue, plus elle gagne. Et plus elle perd. Son mari se retrouve contraint de vendre la première résidence secondaire. Le couple vit avec sa fille dans le XIe à Paris, dans une routine parfaite, jusqu’à ce que la « maladie » gagne du terrain et qu’elle se conjugue avec l’idée coupable de trouver de l’argent, coûte que coûte. « J’avais un portefeuille de 700 à 1 000 clients. Un jour, alors que je faisais du phoning pour la banque, je suis tombée sur un homme dont le compte était inactif : il vivait en Algérie depuis quatre ou cinq ans. » Bingo : elle pense à retirer des formulaires de virement, qu’elle contrefait et présente à une guichetière de son établissement, dont elle sait qu’elle ne s’embarrasserait pas pour lui réclamer une pièce d’identité. La méthode est calée. La quinquagénaire va la rôder.

Une victime âgée de plus de 100 ans

Sept cents euros à une reprise, 1 500 une autre fois, et puis… 22 000 et encore 30 000 € d’un seul coup les occasions suivantes. Les sommes sont importantes mais les faits, très peu nombreux. Ironie du sort : c’est avec un « petit » retrait de moins de 700 € que la conseillère sera dénoncée. Nous sommes fin novembre 2013 : La Poste a été alertée par une cliente très attentive aux mouvements de son compte, « pas dormants du tout. L’enquête interne révélera que l’une des victimes était décédée, et depuis longtemps, et qu’une autre était particulièrement vulnérable, car âgée de plus de 100 ans ! », raconte le président du tribunal, Jean-Christophe Hullin. La direction Sûreté de La Poste de Paris-Nord dépose plainte : la police prendra le relais des investigations, qui aboutiront au placement en garde à vue du couple, en avril 2014. François B. reconnaît tout et immédiatement. « Vous avez déclaré être « sous emprise », dans une « spirale », celle du jeu. Où en êtes-vous aujourd’hui ? », demande le juge à la prévenue.

Sur la corde raide

« Je ne joue plus – j’ai été interdite de casino – mais je ne suis pas encore guérie. J’ai été mise à pied fin 2013 et révoquée en avril 2014. J’ai conservé mes droits à la retraite après trente ans de service mais je suis au chômage depuis un an – je perçois 1 789 € d’indemnités – et je paie ma formation pour devenir secrétaire médicale », dit-elle, froidement. L’ex-conseillère explique avoir mis un échéancier en place pour rembourser la Banque Postale : elle reverse 650 € tous les mois et il lui reste encore à devoir 66 500 €. La deuxième résidence secondaire a évidemment été revendue, « sans plus-value ». Moins le loyer de 850 €… et les 2 500 € de salaire de l’époux, cadre administratif aux Hôpitaux de Paris : « Vous êtes en passe de déposer un dossier de surendettement », résume le procureur à l’audience, Jean-Pascal Oualid, qui demande une peine de 12 mois de prison avec sursis assortie d’une mise à l’épreuve de trois ans contre la quinquagénaire, et six mois avec sursis contre son mari.

« Il est normal que je sois punie »

« J’ai fait du mal aux victimes, à qui j’ai pris toutes les économies d’une vie. Mais aussi à des personnes qui ne m’ont pas reconnue dans ces actes. A mon mari, que j’ai entraîné dans cette procédure. Pardon. Je regrette. Aujourd’hui, je n’ai plus de travail, il est normal que je sois punie », finit la prévenue, en attendant la décision du tribunal, qui tombera une vingtaine de minutes plus tard.
Coupables, donc, tous les deux. Contre elle, a été prononcée une peine de six mois avec sursis mais aucune obligation de soins : les juges ont l’assurance qu’elle poursuivra la thérapie qu’elle a déjà entamée. Elle est également déclarée seule et intégralement responsable du remboursement du détournement, de même qu’au préjudice d’image (ternie) invoqué par son ancien employeur, qui réclamait quelque 12 000 €, et qui en aura 3 500. Contre lui, les trois juges se sont mis d’accord sur une dispense de peine : « Les circonstances étant exceptionnelles… Par ailleurs, cette déclaration de culpabilité sera portée à votre casier judiciaire mais ne sera accessible qu’aux magistrats ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s