L’association des commerçants chinois était un cercle de jeux

Sept ressortissants chinois comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris depuis mercredi 3 juin 2015 pour répondre d’association de malfaiteurs en bande organisée. Ils sont soupçonnés d’avoir tenu un cercle de jeux clandestin, dans le XIe arrondissement de la capitale.

(Redoutable1/cc/Flickr)
(Redoutable1/cc/Flickr)

Ils ont tous été interpellés au terme de neuf mois d’investigations, le 11 décembre 2011. Ce dimanche-là, la Brigade de répression du banditisme (BRB) opère vers 19h et découvre seize personnes attablées dans l’une des trois salles officiellement occupées par l’association des commerçants chinois. Nous sommes au 18 de l’avenue Parmentier, dans le XIe arrondissement de Paris. Ici, on ne parle pas textile ni conjoncture. Ici, on joue au Poker Omaha, au Mahjong, ou aux dés, et on mise de l’argent. « Beaucoup d’argent », précise le président du tribunal correctionnel qui juge, depuis mercredi 3 juin 2015, sept hommes soupçonnés d’avoir tenu ce cercle de jeux clandestin.

« Tonton », « Atchi », « Lao-Ou » et « Petit-Pois »

« Sur l’un des joueurs, la police retrouvera 10 535 €. Sur un autre : plus de 5 000 € […] Les locaux étaient divisés en deux. D’un côté, une salle de repos et de restauration. De l’autre, les tables de jeux […] Elles fonctionnaient 24 heures sur 24, d’après les écoutes téléphoniques », rappelle le magistrat aux prévenus, silencieux (lire l’article de Metronews sur cette opération). Vu la complexité de la structure – « particulière, du fait que les joueurs pouvaient aussi être les organisateurs de parties » – et le nombre de mis en cause, le président fait le rappel de leur nom et, surtout, de leur surnom, pour tenter d’établir le rôle que les enquêteurs leur ont imputé dans cette affaire. « Bon, vous, vous êtes appelé « Tonton ». C’est vous qui louez les lieux. Combien, d’ailleurs ? » « Environ 3 000 €. » « Ah oui quand même, pour une association au départ à but non lucratif, ce n’est pas modeste ! », ironise le juge. « Bon, vous, vous êtes le neveu de Tonton. Vous, « Atchi ». Je prononce bien ? Vous, « Lao-Ou ». Et vous, vous êtes « Petit Pois ». Ah ? » L’avocat dudit « Petit Pois » : « C’est parce qu’il n’est pas très grand, et rond ». « Ah. »

L’un avec une Mercedes à 70 000 €, l’autre avec une Jaguar « mais un vieux modèle »

D’après le renseignement anonyme reçu par la BRB en mars 2011, le cercle est donc ouvert tous les jours et des cuisinières sont même engagées en certaines occasions. D’informations en écoutes téléphoniques et surveillances physiques, l’enquête révèle que certaines soirées se jouent sur la base d’une cave minimum de 5 000 € par joueur. « Vous monsieur, vous faisiez office de croupier, n’est-ce pas ? » Le prévenu, via l’un des deux interprètes : « Non, je ne faisais que distribuer les cartes. » Le président rigole, explose. Face à lui : sept suspects que les investigations accablent et qui ne disent pas un mot.
« Mes questions sont pourtant simples ! Vous monsieur, vous deviez bien payer le loyer !? » « Avec les dons de mes compatriotes, oui. » « Un prélèvement bancaire, des transferts d’argent de la Chine vers la France et vice-versa, ce n’est pas un don spontané ! Avec quelle voiture vous a-t-on interpellé, d’ailleurs ? » « Une Mercedes 500. Elle a coûté 70 000 €, oui. C’est ma soeur qui… » Un autre : « Une Jaguar, mais un vieux modèle ». Le juge n’en peut plus : « Ah oui ! Bon. Voyons. Tenez, expliquez-moi donc ça : moins d’un an après la création de votre association, en septembre 2010, vous avez été victime d’une attaque à main armée. Montant du butin : 100 000 €, en espèces. Pourquoi vous en voulait-on ? ». Silence. « Pourquoi n’avez-vous pas déposé plainte ? » Silence. « Mais vous y étiez ! Racontez-nous ! » « Un homme est arrivé par derrière et m’a pris par la gorge avec un couteau. Je ne sais pas combien d’argent il y avait. » Le président enrage.

« J’ai joué. J’ai perdu. Pour rembourser, j’ai organisé des parties »

« Tonton » travaille officiellement dans un karaoké et gagne 900 € par mois. Son neveu est « l’homme à tout faire de l’association. On me donnait 50 ou 60 € par jour », dit-il. Non, il n’a jamais organisé de tournois. L’oncle non plus. « Deux mois après la création de l’association, nous nous sommes mis à jouer. Mais des petites sommes. Je prenais un droit d’entrée, dont le montant variait selon la durée des parties, le nombre de joueurs… », concède finalement le tenancier, qui reconnaît seulement 5 à 6 000 € « maximum » de gains tous les mois pour la location de ses locaux. « Lao-Ou », lui, est le seul à avouer avoir battu le rappel auprès des joueurs pour remplir les tables. « J’ai joué et j’ai perdu. J’ai emprunté. Pour rembourser, j’ai organisé des parties. J’ai dû toucher 2 000 €. Et j’ai rejoué. J’ai perdu. Je perdais beaucoup », développe-t-il.
Le président, ce mercredi 3 juin, n’a que de minces reconnaissances. C’est que les sommes avancées par les suspects sont bien loin des « 210 000 € perdus en une seule nuit de poker par un joueur ou les 12 000 € amassés en une seule partie par les propriétaires du cercle », selon l’enquête. D’après le code pénal, les prévenus encourent une peine maximale de sept ans d’emprisonnement et jusqu’à 200 000 € d’amende. Le procès est prévu pour durer jusqu’au vendredi 5 juin.

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