Séquestré dans le coffre de la voiture de ses ravisseurs

Deux prévenus ont été jugés coupables d’avoir enlevé, frappé, séquestré et extorqué ses codes de cartes bancaires à un jeune homme. La victime ne trouvait pas de taxi sur les Champs-Elysées : elle était montée dans leur voiture.

La victime était montée dans la voiture d'inconnus, sur les Champs-Elysées (Paspog/cc/Flickr)
La victime était montée dans la voiture d’inconnus, sur les Champs-Elysées (Paspog/cc/Flickr)

Pierre S., 25 ans, s’avance à la barre du tribunal correctionnel de Paris. Nous sommes mardi 2 juin 2015. Fluet mais solide, il va devoir raconter au président Bruno Deblois sa terrible nuit d’il y a trois ans, celle du 11 juin 2012. Sans pleurer, sans faiblir. « Je suis cuisinier. Ce soir-là, j’ai fini mon service assez tard. Je retravaillais le lendemain mais j’ai voulu profiter un peu, en allant dans une boîte des Champs-Elysées. J’ai bu deux verres de vodka et, fatigué, pressé de rentrer chez moi, à République, – il était aux environs de minuit et demi – je me suis mis à la recherche d’un taxi : tous étaient plein. J’ai cherché une station de Vélib’ : je n’en trouvais pas. Il pleuvait, il faisait un temps épouvantable. Une voiture s’est alors portée à ma hauteur : ils étaient quatre, ils paraissaient sympathiques, avenants. J’ai accepté qu’ils me déposent à la maison contre 10 €. » Une sorte de « Uber avant l’heure », dira sa représentante, Me Hélène Akaoui-Carnec.

« Tout va bien se passer si tu fais pas le con »

« Ils avaient besoin de s’arrêter à une station service : on a fait un détour jusqu’à Porte de Vincennes. On a repris la route et là, tout a changé. L’un ses mis à me frapper, l’autre à me prendre mon sac, me faire les poches. Ils m’ont demandé de me baisser. Je ne savais pas où j’allais. J’ai senti qu’on entrait dans un souterrain. Ils m’ont dit : « On te met dans le coffre. On va vérifier si tes codes de cartes bancaires sont bons. Tout va bien se passer si tu fais pas le con. » Dans le coffre, j’ai essayé de prendre ce qu’il y avait mais… j’avais du mal à respirer. Ils sont venus me chercher 30 ou 40 minutes après. La porte s’est ouverte : ils m’ont jeté dehors et la voiture est partie à toute vitesse. J’ai marché, appelé au secours et puis je me suis écroulé de fatigue au premier carrefour. » Pierre S. était à Aulnay-sous-Bois, à une vingtaine de kilomètres de chez lui, sans plus de répères : un automobiliste alertera les secours. La police commencera aussi ses investigations, pour lesquelles un juge d’instruction sera nommé.

« Il ne pourra plus être aussi naïf »

Si les blessures physiques sont moindres, le retentissement psychologique de la victime est évalué à trois jours d’incapacité totale de travail par le médecin-légiste. Plus de clés d’appartement, plus de papiers d’identité, 940 € en moins sur les deux comptes et un degré de confiance au niveau zéro, pour Pierre S., ramené à « une réalité rude. Il ne pourra plus être aussi naïf », raisonne la procureure à l’audience. Très vite, l’enquête révèle que la voiture, une Renault Mégane, appartient à la mère de Yacine O., 19 ans et un casier judiciaire déjà estampillé de 13 condamnations. L’entourage de ce jeune homme est passé au crible et des rapprochements sont effectués grâce à la vidéosurveillance et aux exploitations téléphoniques. Deux des quatre agresseurs présumés sont finalement interpellés, en novembre : Yacine O., donc, et Ouissem T., 21 ans à l’époque.

« J »ai moi aussi reçu des ordres, j’étais terrorisé »

Conseillé par Me Thomas Ricard, Yacine O. reconnaît immédiatement sa responsabilité. Et s’excuse, réellement, auprès de la victime, désormais assise mais l’air toujours aussi déterminé, dans la salle du tribunal. Le prévenu plaide cependant les circonstances atténuantes : « Je ne savais pas ce qu’ils allaient faire. Ce soir-là, je voulais juste faire un tour dans Paris. J’ai suivi les mauvaises personnes. Je n’ai pas pu aller me dénoncer : j’ai moi aussi reçu des ordres cette nuit-là, j’étais terrorisé ». Confondu et accablé par les preuves, le jeune homme n’a jamais révélé le nom des trois autres « complices » et assure toujours que son co-prévenu, Ouissem T., n’était pas de l’équipée, cette nuit-là.

« Je jure sur la tête de mon frère que c’est pas moi ! » « La tête de votre frère décédé, c’est bien ça ? »

Ouissem T., donc. Devant ses deux avocats Mes Anne-Hélène Ricaud et Julien Dubs et avant leur plaidoirie digne d’une cour d’assises, il rappelle qu’il devait être chez lui, dans le XIIIe, ce 11 juin 2012. Que les photos extraites de la vidéosurveillance à la station-service ne lui ressemblent pas. Que son téléphone était inactif au moment des faits et qu’il le montrait présent à son domicile de minuit à 1h du matin et non pas sur les Champs, ni à Aulnay… Il insiste : « Je jure sur la tête de mon frère que c’est pas moi ! ». Le président : « La tête de votre frère décédé, c’est bien ça ? ». Ouissem T. dépeint une vie de famille chargée. Un frère mort dans un accident de voiture, oui. Une soeur handicapée. Une mère malade et un casier judiciaire bien rempli aussi mais…

Un an de prison avec sursis requis : un an de prison ferme prononcé

« Les deux prévenus n’ont plus fait reparler d’eux devant la justice depuis ce mois de juin 2012. Je réclame à leur encontre un an de prison avec sursis assorti d’une mise à l’épreuve et l’obligation de rembourser intégralement la victime » – qui a demandé 6 500 € de dommages et intérêts -, requiert la procureure. La défense de Ouissem T. crie à l’erreur judiciaire, dénonce l’enquête à charge, suggère le doute cependant… « Le tribunal n’a aucun doute sur votre culpabilité, monsieur », annonce le président en prévenant : « La décision est plus sévère que les réquisitions du parquet : vous êtes condamnés à un an de prison ferme chacun ». Aucun mandat de dépôt n’ayant toutefois été prononcé à l’audience, les mis en cause repartent libres du palais : un juge d’application des peines leur fixera leurs nouvelles obligations.

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