Forsane Alizza : L’ « émir » voulait une police musulmane, pas des terroristes

Le procès des « Cavaliers de la fierté », Forsane Alizza, dissous en 2012 car soupçonnés d’avoir préparé des actes terroristes, s’est ouvert au tribunal correctionnel de Paris avec l’audition de Mohamed Achamlane, présenté comme l’ « émir » du groupe. Morceaux choisis.

Mohamed Achamlane en 2011, lors d'un rassemblement à Aulnay-sous-Bois (capture d'écran YouTube).
Mohamed Achamlane en 2011, lors d’un rassemblement à Aulnay-sous-Bois (capture d’écran YouTube).

Aucun doute, Mohamed Achamlane sait parler. Présenté comme l’ « émir » de Forsane Alizza, un groupe de djihadistes présumés dissous par le ministère de l’Intérieur deux ans après sa naissance, en 2012, au lendemain des tueries de Mohamed Merah, l’homme de 37 ans apparaît bien en tant que leader. Dans le box des détenus du tribunal correctionnel de Paris qui le juge lui et ses onze coprévenus pour association de malfaiteurs à but terroriste, il se présente à l’aise, confiant, limite arrogant. « Oui madame le Président. J’ai recherché et j’ai obtenu les coordonnées des membres du gouvernement hostiles à notre religion et à notre communauté. On avait l’objectif de faire du lobbying […] De mettre la pression. Mais cette phrase tirée de chats, « Par Allah Tout Puissant, on va lui mettre des cicatrices à la France, on va la balafrer », ces propos… que les enquêteurs m’attribuent… Ce n’est pas moi qui les ai tenus. Je l’ai dit et martelé […] Vous n’avez pas l’impression que tout est à charge, madame ? »

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Ce mardi 9 juin 2015, la juge qui interroge le principal mis en examen – depuis la veille – sort de ses gonds : « Alors, puisque je ne pose que des mauvaises questions, prenez ma place ! ». Crâne, Mohamed Achamlane saisit la balle au bond : « Et je rentre chez moi ce soir ? Volontiers madame le Président. Je ne vous proposerais pas de venir à la mienne, ce serait cruel pour une femme… » Et de prendre la salle, comble, à témoin : elle est garnie de journalistes du Parisien, de Libération, L’Express, Le MondeL’Obs

Une longue liste de coordonnées…

Le prévenu est intelligent et le démontre. Cheveux ondulés et gris tombant sur la nuque, sourire étincelant et carnassier dans une barbe taillée, la figure de Forsane Alizza confirme s’être procuré les adresses « et surtout les numéros de portables » de Nicolas Sarkozy, Edouard Balladur, Jean-Louis Borloo, Dominique de Villepin, de policiers, magistrats, députés et de membres de groupuscules d’extrême droite que – « oui » – il a voulu intimider. « Diffuser des coordonnées sur internet, ça suffit à calmer », dit-il, en dénonçant les « injustices » contre ses frères, les « agressions » contre ses soeurs portant le niqab (voir la vidéo en cliquant ici), les « anti-musulmans » dans tout le pays, qu’il a d’ailleurs voulu quitter, comme « beaucoup d’entre nous ». « Ah oui, et où seriez-vous allé ? », demande la présidente pour tenter d’aborder le volet des potentiels camps d’entraînement que l’ « émir » aurait trouvés. « La Malaisie ou Brunei. La Syrie ? Non, et on n’en parlait pas à l’époque. Sinon, oui, on voulait un terrain : pour du paint-ball. »

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« J’ai voulu créer une police musulmane », d’autodéfense

Il reconnaît avoir possédé des armes – « neutralisées » – et poussé ses frères à s’entraîner physiquement et au tir. Uniquement dans un but d’autodéfense : « Oui, j’ai voulu créer une police musulmane ». Mais il assure que jamais, et malgré toutes les manifestations que son « service d’ordre » a encadrées, le groupe, taxé de « milice privée » par le gouvernement d’alors, n’a fait « l’apologie d’un terroriste, qui tue des gamins. BFMTV a dit que Merah faisait partie de Forsane Alizza : il y a eu une enquête là-dessus, on m’a posé des questions, j’ai rabâché ce que j’ai déjà dit… Ça me saoule ! Hier, c’était Merah. Aujourd’hui, c’est l’Hyper Casher« . Dans la longue liste de « cibles » potentielles, figuraient en effet des boutiques de l’enseigne, et le journal Libération.

« Depuis trois ans, c’est pas joli joli… »

Mohamed Achamlane, toujours aussi expansif et téméraire, avance seulement avoir reçu « de tout un tas de gens, d’extrême gauche, du NPA… des tas de fichiers » comportant un manuel de guérilla, les recettes de fabrication d’explosifs, ou évoquant « le complot juif » et les « origines de Sarkozy », « que j’ai conservés parce que je garde tout ». Il campe sur ses positions : sa lutte est uniquement vouée à vaincre l’islamophobie. « Aujourd’hui (et après les attentats du 11 janvier), on parle de déradicalisation et on invite 36 aumôniers à des réunions… Je tiens quand même à vous dire que depuis trois ans, et la dissolution de Forsane Alizza, c’est pas joli joli… Moi, j’avais trouvé la solution : la canalisation des énergies par le biais de manifestations. Personne n’avait envie de poser de bombes ! »

Neuf ans de prison ferme, dont deux tiers de sûreté, ont été requis contre Mohamed Achamlane. Le ministère public a également requis des peines allant de huit ans ferme à dix-huit mois avec sursis pour les quatorze autres prévenus.
La décision a été mise en délibéré au 10 juillet.
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