Forsane Alizza : « A l’issue de ma peine, je quitterai la France »

Mercredi 10 juin 2015, tribunal correctionnel de Paris. Le procès des membres de Forsane Alizza, soupçonnés d’avoir préparé des actes terroristes, s’est poursuivi avec l’audition de l’ « émir », Mohamed Achamlane. Il continue de nier en bloc.

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Mohamed Achamlane et onze coprévenus sont poursuivis devant le tribunal correctionnel de Paris depuis le lundi 8 juin 2015 pour association de malfaiteurs, en relation avec une entreprise terroriste. L’ « émir » et ses hommes reconnaissent bien sûr avoir créé Forsane Alizza, « Les cavaliers de la fierté », pour lutter contre l’islamophobie. Interrogé depuis l’ouverture du procès, le principal mis en examen qui se fait appeler « Abou Hamza » avoue sans problème avoir établi une charte de recrutement, organisé des manifestations, acheté du matériel d’espionnage, détenu des armes – « neutralisées » -, recherché et obtenu une longue liste de coordonnées d’élus de droite, de magistrats et d’activistes d’extrême droite. Non pour les attaquer. Mais pour les intimider. Il l’assure : « Je voulais une police musulmane […] pour défendre mes frères, dénoncer les agressions subies par mes soeurs« . Sa méthode ? « Vous considérez qu’elle est brutale mais le simple fait de diffuser l’adresse de quelqu’un sur internet suffit à calmer », disait-il mardi. Nous sommes mercredi et la présidente n’en a pas fini, de tenter de savoir si les Forsane Alizza envisageaient de « passer à l’acte »…

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« Votre question est vide de sens, madame le Président. »

Le matériel. « J’avais du cordage, oui. De parachute. Pour les descentes en rappel, lors des parties de paint-ball », répond Mohamed Achamlane aux trois magistrates qui le questionnent sur l’usage d’un certain nombre d’objets retrouvés à son domicile lors de l’interpellation, en mars 2012. « Et le caisson étanche ? » « Pour les téléphones portables, lors de nos balades en mer. » « Et les couteaux, je précise tactiques ? » « Je n’ai pas prévu de répondre à ça… Votre question est vide de sens, madame le Président. » Effronté mais cordial, le prévenu finit par répéter la suggestion du juge : « D’accord, disons que je les ai achetés par amour pour l’objet ». « Et les talkies-walkies ? » « Pour les manifestations. » « Comment avez-vous filmé l’une de vos auditions en garde à vue ? » « Avec un stylo-caméra. » « Et le traceur GPS ? » « Je les mettais dans le cartable de mes enfants. » Dans la salle, l’un des enquêteurs de la DGSI (ex-DCRI) marmonne « N’importe quoi… ». Le leader du groupe louvoie et… plutôt adroitement. C’est ainsi qu’il révèle avoir reçu une formation d’administrateur en réseaux informatiques par Pôle Emploi lorsqu’on lui demande pourquoi il disposait de logiciels de cryptage de messages et de dissimulation d’adresses IP. « Non mais c’est d’une banalité tout ça ! », s’agite-t-il. Sûr.

« On ne va pas laisser nos femmes et nos enfants se faire égorger. »

Les armes. Mohamed Achamlane dit aimer les armes depuis l’adolescence. Revolvers, pistolets, fusils d’assaut, armes d’alarme ou électriques : « Je prends sur moi » le butin des perquisitions. A-t-il jamais voulu s’en servir contre quelqu’un ? « Quand on a une famille menacée de mort chaque jour… » La présidente lit justement l’un de ces avertissements retrouvés dans l’ordinateur : « Laissez-vous aller bande de chiens galeux, on va vous descendre un par un ». Lui : « Il y avait des commentaires beaucoup plus gores, avec des images illustratives de têtes coupées ». Bref, les armes : « On n’en a pas achetées, personne dans cette salle n’en a achetées : j’en avais déjà et je n’avais pas envie de les distribuer. Je n’ai pas donné de consignes non plus », affirme « Abou Hamza ». L’un des coprévenus, libre sous contrôle judiciaire, se lève : « C’est moi, qui suis allé en Belgique chez un cousin, pour me renseigner » sur la façon de remilitariser les Kalachnikov. « C’était pour nous défendre : je savais que Mohamed était menacé de mort. » L’ « émir » poursuit : « L’idée de se procurer des armes revenait, c’est vrai. Ça partait toujours d’un ressentiment qui aboutissait à l’expression d’une envie d’en découdre ». Il le répète : Forsane Alizza avait un seul but, « l’autodéfense » face à la multiplication d’attaques islamophobes. « On se sent en insécurité. Mais on ne va pas laisser nos femmes et nos enfants se faire égorger. Je suis pour la légitime défense ». Et d’insister : « Je ne suis pas raciste, je ne suis pas antisémite ».

« Nous voulions inquiéter ce magistrat, parce que sa décision était injuste »

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Les cibles. La perquisition a également révélé la présence, au domicile de Mohamed Achamlane, d’un fichier informatique intitulé « cibles » et listant notamment des commerces juifs. Selon l’avocat de la défense Me Bérenger Tourné, ces coordonnées avaient été prises sur un site consacré au boycott de produits fabriqués dans les territoires palestiniens occupés. Et le juge, de Lyon, responsable du placement des enfants de l’un de ses siens, soupçonné de maltraitance, que Forsane Alizza aurait projeté d’enlever ? « Vous auriez ajouté que ce magistrat était sionniste ? », demande la présidente. « C’est faux ! Cette histoire a été initiée par un homme qui trafiquait de la cocaïne et qui s’approchait trop de nos soeurs, et qu’on a expulsé comme un mal-propre. Son seul but est de nous nuire. Nous voulions inquiéter ce magistrat, oui, parce que sa décision était injuste. Mais le cibler ? Parce qu’il aurait un nom à consonnance juive ? Non ! Je ne suis pas antisémite ! ». Mohamed Achamlane, déjà condamné pour provocation à la haine raciale en 2011, ne fait ni dans la stigmatisation, ni dans le ciblage, assène-t-il.

« La démocratie française en tant que système est aussi malléable qu’un chamallow »

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La vision. Mohammed Achamlane se compare volontiers à Coluche ou Saladin. Il dit aussi avoir toujours pensé que son activisme pourrait le conduire en prison : « Sept ans, 100 000 € d’amende, je n’en avais pas envie. J’étais donc dans une démarche de dissolution, de dépôt de bilan », raconte le « justicier », malin : il se savait depuis longtemps surveillé par les services du renseignement français, puisqu’exposé. Dans le box des détenus, il ressasse que son groupe « n’avait pas d’inspiration terroriste », malgré les nombreux actes de provocation dont il a pu faire preuve. La présidente : « Août 2011. Pourquoi avoir brûlé un code pénal ? » « C’était à Aulnay-sous-Bois, au lendemain d’une agression et d’une manifestation. Ce que je conteste ? Que les islamophobes soient libres de l’être, d’en faire l’apologie et sans que jamais, ils ne soient poursuivis. » La présidente : « Que pensez-vous de la démocratie française ? » « La démocratie française en tant que système est aussi malléable qu’un chamallow. Le peuple n’a pas le pouvoir », s’indigne le père de famille qui prône un islam « authentique » et « décomplexé » avant d’ajouter, plus tard : « A l’issue de ma peine, je quitterai la France ». Le meneur, agitateur, parle encore de certaines des vidéos réalisées par Forsane Alizza et encore visibles « malgré toutes les tentatives du procureur pour les supprimer ». Des films « choc » voués à « rééquilibrer la balance » par rapport à l’exclusion dont est, selon lui, victime la communauté musulmane : « On ne ressent pas ce fameux vivre-ensemble. Regardez le débat sur les repas à l’école, on vient embêter nos enfants. On nous a stigmatisés comme des voleurs de pain au chocolat ».

Neuf ans de prison ferme, dont deux tiers de sûreté, ont été requis contre Mohamed Achamlane : c’est exactement la peine à laquelle il a été condamné, vendredi 10 juillet. Cette peine, en outre, a été assortie d’une interdiction de droits civiques, pendant cinq ans. Tous les prévenus sans exception ont été reconnus coupables d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Ce, malgré leurs dénégations. Les autres peines prononcées vont de six ans ferme (dont quatre ans de période de sûreté) avec mandat de dépôt, à un an de prison avec sursis.
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