Kémi Séba se défend : « Collabeur n’est pas une injure raciale »

Le militant radical de la cause noire Kémi Séba a comparu devant le tribunal correctionnel de Paris mardi 16 juin 2015 pour répondre d’injure raciale. Dans un billet qu’il a rédigé lors de son incarcération à Fleury-Mérogis, il a qualifié Ahmed Meguini, un proche de Caroline Fourest et Bernard Henry-Lévy, de « collabeur ».

A l'issue des débats, mardi 16 juin 2015.
A l’issue des débats, mardi 16 juin 2015.

Est-ce que le terme « collabeur » est une insulte à caractère racial ? C’est ce que la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris doit trancher. Mardi 16 juin 2015, les trois juges ont entendu le militant Kémi Séba, assigné par Ahmed Meguini, sur sa définition du mot, inventé par Marc-Edouard Nabe en 2004. C’est que, dans un billet qu’il avait rédigé à la prison de Fleury-Mérogis lors de son incarcération en septembre 2014, le panafricain a qualifié ce « proche de Caroline Fourest, Bernard Henry-Lévy et Charlie Hebdo » selon ses propos, de « collabeur ». Le courrier s’est vite retrouvé sur son site internet et celui de l’écrivain polémiste Alain Soral, entre autres.

Je n’ai pas écrit « collabo », je n’ai pas écrit « sale collabeur »

« Collabeur, c’est la juxtaposition de « collaborer » et « beur ». Monsieur Meguini se revendique « beur » lui-même. Et il collabore avec Madame Fourest et Monsieur Henry-Lévy. Je n’ai pas écrit « collabo », je n’ai pas écrit « sale collabeur ». Juste « collabeur » : ce n’est pas une interjection insultante, ni une interjection incitant à la haine raciale », dit posément Kémi Séba, seul à la barre. Il n’a pas pris d’avocat. « Je me défends tout seul, Madame la Présidente », lance-t-il, suffisant.
Face à lui : la procureure, mais pas de partie civile. Derrière lui, un impressionnant « fan-club », note la magistrate, qui demandera plusieurs fois le silence, notamment auprès des personnes venues elles aussi nombreuses, soutenir le négationniste Robert Faurisson, qui comparaîtra plus tard pour contestation de crime contre l’humanité.
Kémi Séba insiste. L’homme de 34 ans aujourd’hui a « pris un billet d’avion exprès pour cette audience », depuis Dakar, au Sénégal, où il vit désormais avec sa compagne et leurs trois enfants, et où il travaille aussi, en tant que chroniqueur politique, quand il n’est pas en voyage, invité à des conférences, ou en promotion pour l’un de ses livres (le quatrième est en préparation).

La trahison politique est une critique, pas une injure

« Je tiens à préciser que ce courrier, dans lequel je reviens sur les raisons de mon incarcération, je ne l’ai pas adressé à Alain Soral. Nous avons bon nombre de différends et il est loin d’être mon ami. J’avais donné ce message à l’un de mes sympathisants – un gardien de Fleury, j’espère qu’il n’aura pas de problème -, qui l’a envoyé à mes partisans. Il a été diffusé sur plus d’une dizaine de sites, comme celui du Cercle des volontaires, Negronews… », rappelle le prévenu, toujours aussi calme, et déterminé. « Djamel Debbouze a été taxé de « collabeur » – un terme d’ailleurs utilisé par les membres de sa communauté – et il n’a jamais porté plainte. C’est comme le mot « bounty » pour dire noir à l’extérieur, blanc à l’intérieur : Rama Yade n’a jamais eu l’indécence de porter plainte. Je trouve saugrenu et surprenant d’être convoqué en justice pour ça. Comme le disait ma mère, « Appeler un chat, un chat, ne vaut pas de se faire taper sur les doigts ». La trahison politique est une critique, pas une injure. »

Décision mardi 15 septembre

Le juge assesseur résume : « Un « collabeur », c’est donc pour vous un beur qui collabore avec les ennemis de sa communauté ? ». « Le mot ennemi est fort mais oui, c’est quelqu’un qui travaille avec des personnes qui stigmatisent très souvent les communautés des quartiers populaires. C’est un point de vue. » La présidente poursuit : « Contre les gens qui veulent s’intégrer ? ». Kémi Séba : « Non mais renier son identité pour être bien vu… C’est mon droit, de critiquer ces gens qui dénigrent leur communauté. En plus, aux Etats-Unis, en Belgique et dans des tas de pays, on emploie ces termes depuis des années ! »
Incrédules, les magistrats rappellent les liens « peu sympathiques » entre l’ex-leader de la Tribu Ka (le mouvement a été dissous en 2006 par Nicolas Sarkozy) et Ahmed Meguini… Familier des prétoires (lire l’article du Parisien), le polémiste avait justement été condamné pour des violences en réunion contre cette même victime, en 2008. Il explique : « Je voulais des explications sur le reportage non-argumenté qu’il avait fait sur moi. Il était là, avec sa bière, et il m’a fumé au visage son cannabis. J’ai été bousculé en premier mais j’ai réagi de manière disproportionnée. J’ai quand même été condamné à deux mois de prison avec sursis seulement ».
Selon la représentante du ministère public, Ahmed Meguini, ainsi appelé « collabeur », estime avoir été insulté de « traître vis à vis de la communauté maghrébine ». Elle réclame une amende auprès du tribunal, « dont vous apprécierez le montant ». Le jugement a été mis en délibéré au mardi 15 septembre.

Voir, en cliquant ici, une vidéo réalisée avant l’ouverture du procès, par « Conscience Noir ».

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