Les chambres à gaz, une « bouffonnerie » ? Robert Faurisson persiste

Le négationniste Robert Faurisson était renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris, mardi 16 juin 2015, pour répondre de nouvelles contestations de crimes contre l’humanité. Il ne croit pas à l’existence des chambres à gaz, ni aux camps d’extermination. Six mois de prison avec sursis ont été requis à son encontre.

Robert Faurisson (capture d'écran YouTube)
Robert Faurisson (capture d’écran YouTube)

L’historien révisionniste Robert Faurisson n’a pas perdu de sa verve. Ce négationniste âgé de 86 ans avait bien pris deux pages de notes mais, à la barre du tribunal correctionnel de Paris, mardi 16 juin 2015, il n’a pas une seule fois regardé son « pense-bête » pour se défendre du délit de « contestation de l’existence de crime contre l’humanité », défini par la loi Gayssot de 1990, qui lui était à nouveau reproché. Poursuivi avec deux autres personnes qui ont, soit réalisé soit diffusé, un film-entretien d’une heure et demi durant lequel l’ancien universitaire a encore nié le génocide juif, il a persisté et signé devant les magistrats. Pour lui, et pour la vingtaine de partisans venus le soutenir dans la salle d’audience, bondée avec le procès du panafricain Kémi Séba, les chambres à gaz sont une « totale bouffonnerie » et l’extermination n’a jamais eu lieu.

« L’atteinte à la liberté d’expression, pour les faits incriminés, est nécessaire »

D’abord, lui et deux des avocats ont soulevé plusieurs points de droit et deux questions prioritaires de constitutionnalité : ils ont demandé au tribunal de transmettre à la cour de cassation le bien-fondé de cette loi Gayssot qu’ils dénoncent. « Le travail des historiens est discrédité par le législateur qui, en voulant lutter contre la xénophobie et l’antisémitisme, a obtenu l’effet inverse. Ce texte issu du tribunal militaire de Nuremberg permet de colporter la rumeur selon laquelle les juifs auraient inventé ce chiffre de 6 millions [de tués] pour lancer un appel aux dons, gagner de l’argent et se créer un Etat. La loi viole la présomption d’innocence. » Patient, le collège des trois magistrats finit par suivre, au bout d’une heure de plaidoiries, les réquisitions de la procureure : la demande, déjà soulevée « cinq fois » par le passé, n’est pas jugée « sérieuse ». Et « l’atteinte à la liberté d’expression, pour les faits incriminés, est nécessaire », avait estimé la représentante du ministère public.

(Capture d'écran YouTube)
(Capture d’écran YouTube)

« Ce que vous appelez la destruction et que les autres appellent génocide, shoah, holocauste… »

Les faits, quels sont-ils ? La présidente cite dix passages de la vidéo-portrait de Robert Faurisson. Florilège : « Il n’existe aucun document disant qu’il faut tuer les juifs », « J’ai rencontré un fabriquant de fours crématoires et je lui ai montré mes plans. Sans les déchiffrer, il a compris tout de suite : c’était du 7-8 mètres, avec les 2 mètres prévus pour un cadavre de chaque côté et au centre, le mouvement des chariots. C’est typique. Après, les menteurs sont venus dire […] Mais j’ai donné toutes sortes d’arguments techniques : ça ne pouvait pas être des chambres à gaz », « Si on entreprend de tuer des millions de gens, il doit bien y avoir un budget pour ça. En temps de guerre, tout se contrôle. Là, on voit qu’il y a un budget pour les déportations, pour la mise au travail, pour l’organisation du camp mais sur ça, là, ce que vous appelez la destruction et que les autres appellent génocide, shoah, holocauste ou que sais-je… qu’est-ce qu’il y a ? Je vous donne le résultat du voyage : cela s’est passé spontanément, dans la bureaucratie allemande, par le phénomène de l’incroyable rencontre des esprits, une télépathie consensuelle ». Sardonique.

« Je continuerai d’enfreindre cette loi […] Vous pouvez m’envoyer en prison »

« Vous n’êtes pas à une tribune, monsieur », rappelle la présidente au principal prévenu, qui se défend : « Non, je suis technique ». Il crie à l’infamie du procès de Nuremberg, hurle contre l’énormité de l’article 21, mentionne des écrits, évoque ses comparutions devant les tribunaux : « Dieu sait si j’ai eu des procès (douze ?) mais jamais de ma vie on ne m’a condamné pour falsification de l’Histoire. On m’a opposé l’ignorance délibérée, le mensonge, la légèreté et la négligence mais mon travail ne comporte aucune trace de tout cela, m’a-t-on dit. Les experts, les historiens et le public sont les seuls à apprécier la vérité historique ! ». Robert Faurisson continue : « Je sais que j’enfreins la loi, je continuerai d’enfreindre cette loi, de résister à la force injuste de la loi, vous pouvez m’envoyer en prison […] Mes écrits révisionnistes font déjà 7 volumes, ils en feront 10 », rapporte l’AFP.

« Deuxième mise à mort »

Signalant « le contexte de haine qui continue à se répandre par ces propos révisionnistes », qui sont « une insulte, une injure, une deuxième mise à mort » pour les victimes ou leurs descendants, la procureure a réclamé qu’une peine de six mois de prison avec sursis soit prononcée à l’encontre de Robert Faurisson. Elle a par ailleurs réclamé 5 000 € d’amende contre chacun de ses deux coprévenus. Tout en reconnaissant « le délit constitué et reconnu », le défenseur du principal mis en cause a plaidé la relaxe sur les seuls points techniques de droit.
La décision du tribunal a été mise en délibéré au 15 septembre.

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