« J’ai pris ma merde et je l’ai balancée : c’est le policier qui s’est sali avec »

Deux jeunes hommes étaient jugés pour vols aggravés devant le tribunal correctionnel de Paris, mercredi 17 juin 2015. L’un d’eux était renvoyé, en plus, pour des violences contre des policiers. En garde à vue, il a déféqué, pris ses excréments et les aurait jetés contre eux.

(DGPN/cc/Flickr)
(Photo d’illustration – DGPN/cc/Flickr)

Mohamed M. et Tarek Z., la vingtaine, arrivent dans le box des détenus, au tribunal correctionnel de Paris. Ce mercredi 17 juin 2015, ils sont présentés en comparution immédiate pour répondre de vols aggravés et en récidive à la gare de Lyon. D’après les contrôleurs et la police en patrouille, « ces deux sans domicile fixe fréquentent régulièrement les lieux ». Ils ont d’ailleurs un casier judiciaire chargé, démontrant un mode de vie à la marge, de galériens marocains, arrivés en France par l’Italie ou la Belgique, confient-ils à l’audience. Vers 17h30, deux jours plus tôt, ils ont été interpellés en flagrant délit sur le quai, une valise et deux sac-à-dos pour tout butin.

« Pardon, pardon, demain c’est ramadan, désolé, désolé »

« Vous êtes d’abord montés dans un premier train mais comme celui-ci s’est mis en marche, vous en êtes redescendus aussi vite, une valise à roulettes à la main et un sac sur le dos. La police, en civil, vous observait. On vous a ensuite vus grimper à bord d’un Intercités : vous avez traversé un wagon, deux wagons et, dans le troisième wagon, vous avez retiré un ordinateur portable du sac pour le glisser dans la valise », rapporte la présidente, Florence Schmidt-Pariset. Mohamed M. ne nie rien et avoue tout : « Pardon, pardon, demain c’est ramadan, désolé, désolé », répète-t-il la main sur le coeur, le visage crispé, comme s’il allait pleurer. Tarek Z., lui, conteste catégoriquement avoir volé un deuxième sac-à-dos. Pourchassé par la victime, il a pourtant été arrêté en possession de ces effets, rappelle la magistrate. « J’ai trouvé le sac par terre dans le train, je l’avais décalé pour passer, quand un voyageur s’est mis à me crier dessus et à me courir après », plaide-t-il avec l’aide d’une interprète.

« C’est mon ami, qui a volé, pas moi »

Mohamed M. reconnaît donc voler, et plus spécifiquement dans les transports en commun, pour compléter les quelques sous qu’il obtient en travaillant comme peintre en bâtiment, au noir. Tarek Z., lui, ne confesse rien mais dénonce tout. « C’est mon ami, qui a volé, pas moi. J’ai quitté mon pays à l’âge de 6 ans. Avant, je buvais, je faisais n’importe quoi. J’ai eu beaucoup de problèmes avec une femme : elle a pris mon enfant et elle est partie avec. J’ai été opéré. J’ai essayé de me suicider trois fois », soutient-il, en vrac, décousu. Les traces de scarification sur sa frêle épaule gauche et la blessure qu’il porte au ventre – et qu’il montre – sont les stigmates d’une fragilité évidente, qui a nécessité un suivi en psychiatrie à la maison d’arrêt de Fresnes. La présidente s’attarde ainsi sur ce coprévenu pour tenter de comprendre ce qui lui a pris, en garde à vue, de déféquer dans sa cellule et de jeter ses excréments contre les policiers venus le calmer.

« C’est le policier, qui s’est mis ma merde sur lui : il s’est sali »

« Expliquez-vous monsieur. » « J’ai demandé à aller aux toilettes pendant quatre heures. Je n’en pouvais plus d’attendre. J’ai fait dans mes habits. Les policiers sont venus dans la cellule et l’un d’eux m’a insulté de « fils de chien ». J’étais très énervé : j’ai pris ma merde et je l’ai balancée contre le mur. Pas contre le policier. C’est le policier, qui s’est mis ma merde sur lui : il s’est sali. » Tarek Z. annonce avoir été frappé et réfute toute poursuite pour rébellion. La juge reprend le procès-verbal et lit : « On vous a emmené aux sanitaires plusieurs fois mais vous avez cherché à obstruer les caméras avec du papier, allant jusqu’à l’affrontement avec les forces de l’ordre et jusqu’à une tentative d’évasion : vous avez couru jusqu’à l’accueil du commissariat… ». Le procureur ajoute un deuxième « incident survenu dans les geôles du palais de justice » et réclame contre les deux suspects une peine similaire de quinze mois de prison, assortie d’un mandat de dépôt. Décision : huit mois ferme tous les deux et direction la maison d’arrêt, le soir-même.

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