Incitation à la haine raciale : Eric Zemmour relaxé

« Les Normands, les Huns, les Arabes des grandes invasions d’après la chute de Rome sont désormais remplacés par les bandes de Tchétchènes, de Roms, de Kosovars, de Maghrébins, d’Africains, qui dévalisent, violentent ou dépouillent. » Cette phrase issue d’une chronique signée Eric Zemmour, le 6 mai 2014 sur RTL, était en débat au tribunal correctionnel de Paris, de fin juin jusqu’au 22 septembre 2015. Le polémiste a été relaxé.
Une amende de 5 000 € a été requise contre Eric Zemmour et une autre de 3 000 € contre le directeur de RTL (capture d'écran YouTube).
5 000 € avaient été requis contre Eric Zemmour et 3 000 € contre le directeur de RTL (capture d’écran YouTube).
Mercredi 24 juin 2015, 15h. La XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris, spécialisée dans la diffamation, n’a pas encore appelé Eric Zemmour à la barre. Le chroniqueur est jugé pour « incitation publique à la haine raciale », un délit passible d’un an de prison et de 45 000 € d’amende. Sur les ondes de RTL, le 6 mai 2014, il a abordé son thème de prédilection : la délinquance des étrangers. Rebondissant sur l’actualité, nourrie de statistiques et de témoignages, celui qui se considère comme éditorialiste mais qui n’en a pas le statut à la radio, a prononcé une phrase qui a fait bondir le ministère public et pléthore d’associations. « Les Normands, les Huns, les Arabes des grandes invasions d’après la chute de Rome sont désormais remplacés par les bandes de Tchétchènes, de Roms, de Kosovars, de Maghrébins, d’Africains, qui dévalisent, violentent ou dépouillent. »
Plus de six heures de procès
Assis sur une table à l’entrée de la salle d’audience, bondée, Eric Zemmour a le nez sur son téléphone et écoute son épouse venue le soutenir, patient mais visiblement agacé d’attendre de comparaître devant les magistrats. Le procès va durer plus de six heures. Six heures durant lesquelles la défense criera à l’acharnement politique et tentera de faire annuler la procédure. Six heures durant lesquelles les juges essaieront de comprendre le raisonnement du polémiste et les parties civiles hurleront au mensonge et au scandale. Six heures au bout desquelles le parquet finira par réclamer 5 000 € d’amende contre le chroniqueur 3 000 € contre le directeur de RTL, qui a laissé Eric Zemmour parler à l’antenne et qui a laissé ladite chronique sur le site internet de la radio jusqu’au 17 juin 2014 (elle a été visionnée 79 035 fois avant son retrait), malgré un courrier de mise en garde du CSA daté, lui, du 4 juin.
« Avec l’abolition des frontières, l’affaiblissement de l’Etat… »
16h environ, l’heure de s’exprimer. Eric Zemmour, 57 ans fin août, a remis la veste de son costard bleu nuit sur sa chemise d’un blanc éclatant, contrastée avec sa peau tannée. « Vous avez été entendu par la police le 30 juin 2014, soit un mois après le signalement de la Licra reçu par le parquet. Vous ne contestez pas les propos diffusés, je suppose ? », demande la présidente Fabienne Siredey-Garnier. « Non, je ne conteste pas les propos », dit avec un demi-sourire fatigué le journaliste, qui va devoir décrire l’exercice de ses chroniques. « J’en fais depuis au moins vingt ans. Je suis sur RTL deux fois par semaine depuis 2010, les mardis et jeudis matins. J’écris la veille. J’appelle la direction et on discute du sujet, de l’angle, selon l’actualité, nos envies et des autres chroniqueurs. Sans être un rubricard, je suis en relation avec la police et j’ai beaucoup de documentation : c’est l’avantage de l’éditorialiste », explique-t-il. Ce 5 mai 2014, veille d’un passage à la radio, le chroniqueur prend connaissance d’un article de presse évoquant « l’explosion de la délinquance étrangère. Je trouve le sujet intéressant. Je pense que nous vivons un moment historique. Avec l’abolition des frontières, l’affaiblissement de l’Etat… l’abondance des bandes d’Africains qui viennent commettre d’innombrables larcins… », répète-t-il au micro.
« J’aurais pu ajouter les Russes, les Géorgiens… Mais il faut s’arrêter à un moment ! »
« Pourquoi choisir spécifiquement de viser ces cinq « bandes » de Tchétchènes, Roms, Kosovars, Maghrébins, Africains ? », souhaite savoir la présidente. « J’aurais pu ajouter les Russes, les Géorgiens… Mais il faut s’arrêter à un moment ! Ce sont eux, qui m’apparaissent en évidence. Vous pensez que j’aurais dû préciser « Nigérians » au lieu d’Africains pour globaliser ? Sachez que j’ai trois minutes à l’antenne : je choisis la place que j’accorde à chaque élément donné. J’ai synthétisé », reconnaît-il, en se défendant de toute stigmatisation : « Je n’ai pas dit qu’ils étaient tous délinquants, j’ai parlé de bandes », justifie-t-il. Assidue, la magistrate interroge encore le prévenu sur la sélection de ses mots : pourquoi parler de continents ou de régions quand il isole, dans la même phrase, des pays tels que le Kosovo et la Tchétchénie ? « Car leur délinquance est mise en exergue et elle est nouvelle, par rapport à celle des Africains et des Maghrébins. Au nom de quoi je ne le rappellerais pas, puisque c’est une constante ? », lance-t-il, excédé. Son défenseur, Me Olivier Pardo, d’appeler alors deux de ses stagiaires pour déployer une infographie du Monde qu’il a fait imprimer en grand format (cliquer ici pour obtenir une carte de 2013).
« Je suis journaliste. Je ne suis pas assistante sociale »
« Pourquoi isoler ces cinq catégories et faire deux blocs ? », poursuit la magistrate. Eric Zemmour fulmine : « Car il y avait une actualité avec les Tunisiens depuis le printemps arabe. Et parce qu’il faut aller vite. Et on essaie de soigner le fond et le style. Si on se pose des questions comme on me les pose maintenant, on ne peut plus travailler ! ». « Mais avez-vous lu les mises en garde des statisticiens de l’Observatoire national de la délinquance : les méthodes de recensement des faits changent, des infractions disparaissent quand d’autres apparaissent… », questionne encore la présidente (lire l’article de Libération). « Non, je n’avais pas vu cette mise en garde. Mais je ne me fie jamais seulement aux chiffres », répond le chroniqueur, qui explique se nourrir des témoignages dans la presse, comme ceux « d’agriculteurs dépouillés par des bandes de Roms » et « des touristes chinois dévalisés à Paris » par ces mêmes « bandes ». « Ce sont des réalités humaines. Mon métier est de dire la vérité. Je suis journaliste. Je ne suis pas assistante sociale. Mon métier, ce n’est pas de me demander si je vais faire de la peine à untel ou untel. »
« Je ne suis pas statisticien : j’interprète les chiffres, les récits […] C’est ma liberté d’expression »
Habituée, Fabienne Siredey-Garnier ne désarme pas et reprend la joute verbale : « Votre base factuelle est-elle suffisante ? D’où tirez-vous vos témoignages ? ». Eric Zemmour : « La base de notre métier est de lire les journaux, mais on ne peut pas s’occuper de tout le monde ni de tous les secteurs, surtout quand on est éditorialiste comme moi. Je ne suis pas statisticien : j’interprète les chiffres, les récits, les témoignages, et je fais mes chroniques. C’est ma liberté d’expression. C’est pour mon analyse personnelle, qui n’engage que moi, qu’on me paie et que les auditeurs m’écoutent ». « Oui mais lorsqu’on épluche les tableaux des pourcentages : vous parlez des étrangers et de l’explosion de leur délinquance, sans parler des 80% (en 2008) puis des 72% (en 2012) de Français impliqués dans les vols, par exemple. Pourquoi ce thème des étrangers vous paraît-il particulièrement intéressant ? » « Je pense que nous vivons un moment nouveau depuis quelques années. Ce sujet me paraît important : il pourrit la vie de beaucoup de Français et de touristes étrangers. Et je l’alterne avec d’autres sujets, comme la crise économique avec la Grèce, les Jeux Olympiques à Paris, le PS et son armée mexicaine de dirigeants… »
La présidente reprend les chiffres, évoque le pourcentage – en régression – des étrangers incarcérés : « Ils étaient 31% en 1993, contre 10% en 2014. Qu’en pensez-vous ? Qu’ils se font moins « attraper » que les Français ? ». Eric Zemmour aura cette formule qui fait éclater de rire la salle : « Ils ont été naturalisés, peut-être ? ».
A l’annonce de la relaxe, la toile s’est enflammée
« Des propos sans nuance » qui « rejaillissent sur des groupes visés dans leur ensemble » et « stigmatisent » les populations immigrées, pour la procureure de la République à l’audience, Anne Coquet (consulter l’article de L’Express). « Vous parlez d’acharnement, mais je ne sais pas de qui l’on parle », ajoute la magistrate du parquet en soulignant qu’Eric Zemmour a déjà été condamné en 2011 pour les mêmes chefs : il a déclaré à la télévision que « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait » (la vidéo sur YouTube, ici).
Retranché derrière « la liberté d’expression » et la « réalité » qu’il se fait de l’immigration en France à travers les statistiques qu’il avoue interpréter tout en affirmant qu’on « peut faire dire n’importe quoi aux chiffres », il est d’accord avec le statut que le directeur de RTL lui a donné : « Eric Zemmour est chroniqueur et, à ce titre, il participe au pluralisme des opinions ». Le tribunal correctionnel a mis son jugement en délibéré au mardi 22 septembre : le polémiste a été relaxé. Dès 14h, la toile s’est enflammée…

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