Il a dit « Petite pute », elle a répondu « Viens me le dire en face »

Paris, IXe arrondissement, 2h20 du matin, le 21 juin 2015. Une jeune femme accompagnée par un ami regagne tranquillement son domicile lorsqu’elle croise la route de trois banlieusards, qui semblent étonnés de la voir marcher dans la rue. Leur rencontre se finira à l’hôpital, puis au tribunal correctionnel.

Les prévenus étaient passibles de trois ans de prison (illustration du palais de justice de Paris Slettvet/cc/Flickr)
Les prévenus étaient passibles de trois ans de prison (illustration du palais de justice de Paris Slettvet/cc/Flickr)

Une interpellation, quarante-huit heures de garde à vue, une comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Paris, présidé par Florence Schmidt-Pariset, et une condamnation à de la prison ferme pour l’un, avec sursis pour l’autre. C’est ce qu’aura coûté à deux banlieusards âgés d’une vingtaine d’années une fin de soirée qui se voulait festive, à Paris. Présentés devant les magistrats mardi 23 juin 2015, les coprévenus sont jugés ce jour-là pour des violences, commises à 2h20 du matin, le dimanche précédent. Des violences sur une jeune femme, qui ne s’est pas laissée insulter de « petite pute » sans répondre « viens me le dire en face ». L’histoire.

« J’en ai marre de me faire ennuyer par des banlieusards »

« La police en patrouille dans le IXe arrondissement assiste à une scène au cours de laquelle deux groupes de gens s’invectivent. Elle constate qu’un trio d’hommes rejoint en courant une femme et lui porte un violent coup de poing sur l’arrière du crâne, avant de prendre la fuite. Qu’un autre suspect tente de porter lui aussi un coup mais qu’il se heurte à l’ami de cette femme venu s’interposer. Ce dernier tombe sur un scooter », lit la présidente en ajoutant : « La jeune femme, monteuse et cameraman de profession, aura deux jours d’incapacité totale de travail ».
Que s’est-il passé ? La victime s’explique elle-même à la barre : « Je sortais du cinéma, on marchait tranquillement, quand j’ai entendu quelqu’un m’insulter de « sale petite pute ». J’ai répondu « viens me le dire en face ». C’était sans doute mon erreur : je ne pensais pas que ça allait dégénérer. Mais j’en ai marre de me faire ennuyer par des banlieusards. J’ai tenu tête. Je me suis défendue verbalement ». La petite brune aux cheveux bouclés, longs, se rassoit posément sur son siège.

« Je lui ai dit « pute », mais pas dès le début »

Le tandem qui comparaît devant le tribunal se trouve dans le box des détenus. Calme. L’approvisionneur sur des chantiers, titulaire d’un bac professionnel de commerce et qui est censé se marier, est costaud. Il a patiemment écouté la plaignante raconter sa version des faits, tout en hochant des « non » de la tête. « On a vu une fille… Ensuite on a vu qu’elle était accompagnée. C’est de là que c’est parti. Effectivement, je lui ai dit « pute », mais pas dès le début. Ils ont lâché des insultes contre nous en premier. Elle nous a dit « Nique ta mère », je crois. J’étais éméché… » Il sortait d’une fête d’anniversaire et avait 1,80 g/l d’alcool dans le sang, oui. Mais le jeune homme de 23 ans se souvient maintenant avoir poussé le couple « alors qu’ils ne m’avaient pas touché. Pour moi ce ne sont pas des violences, juste des échauffourées. Il y a eu des échanges des deux côtés ».

L’ami reçoit un coup de poing car « il n’arrivait pas à calmer sa femme »

Plus réservé et fluet, le second prévenu reconnaît également avoir mis un coup de poing. « Les insultes, ça m’a énervé », avoue-t-il. Pourquoi s’en être pris à cet homme qui n’avait rien dit, rien fait ? « Parce qu’il n’arrivait pas à calmer sa femme. Et je ne voulais pas la taper, elle. Ils étaient côte à côte : c’est elle qui a reçu le coup ».
Choquée, la jeune femme regrette : « J’aurais dû baisser la tête », lorsqu’elle a été insultée. Sidérée par la gêne de sa cliente, la représentante de la partie civile revendique : « En 2015, une femme doit pouvoir se promener dans la rue sans se faire insulter ». Ses deux agresseurs lui devront 1 500 € de dommages et intérêts, ainsi en ont décidé les juges. Le costaud écope de huit mois de prison dont quatre avec sursis, assortis d’une mise à l’épreuve de deux ans : son casier judiciaire comportait déjà une condamnation pour des violences en réunion. Son camarade, chauffeur-livreur, interpellé avec de la résine de cannabis dans les poches mais au casier judiciaire vierge, est sanctionné, lui, par une peine de six mois intégralement assortie du sursis et l’obligation de suivre un stage de sensibilisation à l’usage de produits stupéfiants.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s