« Zak », l’ami qui voulait du bien, était un escroc

Le tribunal correctionnel de Paris a déclaré « Zak » coupable de vol, falsification et usage de deux chèques au préjudice d’un retraité âgé de 83 ans dont il s’était improvisé l’ami, « par pitié ». L’affaire remonte à l’automne 2014. Elle a été jugée le jeudi 2 juillet 2015. Ambiance, portrait, minutes du procès.

Le prévenu a avoué avoir volé deux chèques qu'il a falsifiés, à son ami. Un retraité âgé de 83 ans, reconnu handicapé à 100% (illustration)
Le prévenu a avoué avoir volé deux chèques à son ami. Un retraité de 83 ans, reconnu handicapé à 100% (illustration)

Abderrazak C., alias « Zak », est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris ce jeudi 2 juillet 2015 pour répondre d’une série de vols et contrefaçons de moyens de paiements au préjudice d’un retraité de 83 ans, sous tutelle désormais, qui réclame plus de 8 000 € de dommages et intérêts. Poursuivi depuis l’automne 2014, le suspect est libre, sous contrôle judiciaire. C’est donc sans escorte et à la barre de la salle d’audience qu’il s’expliquera, pressé. « Les chèques, je reconnais avoir fait une grosse bêtise, c’est moi. Mais pas les cartes de crédit ni l’usage d’un faux nom pour tromper la banque. Je vais vous raconter : je veux régler le problème », lance-t-il à la hâte au président Clément Brunaud qui vient tout juste de l’appeler. Etonnante promptitude. « Le tribunal vérifiait juste votre identité. Je dois d’abord lire le rapport de synthèse de l’enquête », indique le juge au prévenu, pris en aparté par son conseil Me Constance Debré. « Zak » attendra que la parole lui soit donnée, pour avouer ou contester : c’est la procédure.

Le contexte

« Le 14 novembre 2014, Monsieur X., souffrant de problèmes physiques et manifestement mentaux compte tenu de son âge, déclare la soustraction de deux formules de chèque, de trois cartes bancaires, de leur falsification et de leur usage, de même que le vol d’un fusil dans son coffre-fort, chez lui, dans le XXe. Il précise être divorcé, isolé, ne plus avoir de contacts avec sa famille et n’entretenir qu’une seule relation d’amitié, avec un certain « Zak », dont il a fait la connaissance quelque temps plus tôt. » (lire en cliquant ici le rapport de l’Insee sur les 75 ans ou plus) Le contexte ainsi planté, le président développe les suspicions de la police, qui s’est rapidement mise sur la piste du prévenu, déjà connu, et condamné pour vol et complicité d’escroquerie, deux faits anciens, en fait de plus de dix ans. L’exposé est précis et malgré la chaleur caniculaire, le juge Brunaud déroule jusqu’au moindre détail la situation de la partie civile et sa relation avec son unique visiteur.

« J’ai eu pitié »

Les mains toujours fermement accrochées à la barre, « Zak » est du style offensif. Sec, le visage fin, les yeux aux aguêts, se retournant sans cesse vers la procureure, son avocate, le représentant du vieil homme (absent), il saisit les pauses du président pour opiner du chef et marquer ses objections. Quand vient son tour de s’exprimer. « Les cartes bleues, je vous ai dit que ce n’est pas moi : à l’époque des premiers retraits, je ne le connaissais pas ; et à l’époque de la deuxième série de retraits, j’étais au Maroc. Les deux chèques, de 1 980 et 1 280 €, oui, c’est moi. Quand on fait une bêtise, il faut le reconnaître. A ce moment-là, j’avais des problèmes d’argent. Il m’en avait d’ailleurs prêté et j’avais commencé à le rembourser. »
« Zak » a 36 ans et exerce la profession de serveur. Il parle rapidement des dettes, de jeux, et des soucis avec les impôts, qu’il ne payait pas, pour en revenir à ses rapports avec le retraité.

Je l’ai rencontré un jour de septembre dans la rue et il m’a invité à son domicile pour que je l’aide à rédiger un courrier. J’ai eu pitié, car il vivait dans un petit appartement, vétuste. Sa soeur habite dans le même immeuble mais ils ne se voyaient jamais. C’est qu’il avait son caractère… et c’est vrai, qu’il est changeant. J’allais trois ou quatre fois par semaine chez lui : je l’aidais à faire les courses, son linge, à se laver, je lui achetais à manger… Un jour, il m’a appelé jusqu’à 24 reprises : pour des soucis de télé, de box… Mais il était gentil avec moi, j’étais gentil avec lui : je lui ai rendu service comme je l’aurais fait pour mon père. Aider les gens c’est, pour moi, quelque chose de naturel. »

« Vous n’avez aucun coeur, monsieur ! »

Le substitut du procureur lit et relit les procès-verbaux. « Mais si vous dites que vous n’êtes pas le seul visiteur de la victime, que ses voisins et d’autres passaient régulièrement le voir, pourquoi vous seriez-vous occupé de son linge !? », oppose-t-elle, perspicace, et écoeurée d’apprendre que le prévenu n’avait pas hésité, deux jours après sa rencontre avec l’octogénaire, à encaisser un chèque de 1 980 € alors même que sa pension de retraite ne s’élevait qu’à 1 300 €.

Ah il faut oser parler d’amitié et de pitié ! Vous rendez-vous compte de ce que vous dites ? Comment peut-on vous croire deux secondes !? Vous n’avez aucun coeur, monsieur ! Quand vous serez âgé, quand vous perdrez la tête, je ne vous souhaite pas de rencontrer un ami comme vous », s’écrie la magistrate du parquet, pour qui le prévenu est entièrement coupable, de tous les faits, même du vol des cartes bancaires et des quelque 3 000 € qui avaient été retirés. Elle requiert contre lui un an de prison ferme et, surtout, un mandat de dépôt à l’audience, « à mon sens largement mérité ».

Un an ferme, sans mandat de dépôt

Estomaqué, « Zak » prend sa figure entre ses mains. S’il avait pu parler, sans doute qu’il aurait dit « halluciner ». Les sourcils arqués, son visage émacié ne reflète plus que la nervosité. Il est arrivé libre au tribunal, il se rend compte qu’il peut en repartir menotté et croupir en prison. Cette affaire – a-t-il insisté auprès des magistrats – l’a déjà empêché d’accepter un travail en Corse. Consigné à Paris avec un contrôle judiciaire, il a tout de même rebondi : il est toujours serveur, n’a plus de problèmes d’argent et sa vie est devenue « stable », assure son défenseur.
Me Constance Debré rappelle aux juges qu’ils n’ont aucune espèce d’éléments de preuves sur le vol des cartes bancaires et qu’en conséquence, son client doit en être relaxé. « Le préjudice ? Il s’élève à 1 980 € et c’est tout : le deuxième chèque dérobé n’a jamais été encaissé », soulève-t-elle également en regardant fixement l’avocat de la partie civile, qui demande 5 360 € de préjudice matériel et 3 000 € pour le dommage moral causé à la victime.

Le tribunal lui accordera 4 900 € en tout, en fin de compte. Il jugera « Zak » coupable du vol et de la falsification des chèques, pas des cartes. Et le condamnera à un an de prison ferme, mais sans mandat de dépôt, de même qu’à six mois avec sursis assortis d’une mise à l’épreuve de deux ans. Le prévenu repart donc visiblement soulagé, d’être libre.

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