« Je me suis présenté pour dire la vérité : Ben Ali n’est pas mon nom »

Coups de théâtre en cascade, au tribunal correctionnel de Paris, mardi 30 juin 2015. Interpellé par erreur puis jugé pour détention de cocaïne, un sans-papiers est arrivé à la barre quasiment « par hasard », avec un énorme sac en plastique rempli de médicaments, et un lourd aveu à faire : le nom qu’il donne à la police depuis dix ans est celui d’un autre…

C'est avec un livret de famille que le prévenu a décliné sa véritable identité.
C’est avec un livret de famille que le prévenu a décliné sa véritable identité.

Tee-shirt vert bonbon, pantacourt camouflage, sacoche en bandoulière et sac de courses en plastique, bourré de médicaments et de divers documents. Karim Ben Ali, pile 30 ans, se présente l’air égaré devant le tribunal correctionnel de Paris qui le juge, ce mardi 30 juin 2015, pour détention de cocaïne et ce, après une interpellation fortuite pour paiement frauduleux, dans le XXe arrondissement. Libre, sous contrôle judiciaire (l’affaire remonte à mai 2012 !), le prévenu indique avoir appris, par hasard, sa convocation au commissariat où il pointe. Et que son avocat ne peut le représenter : « Je le paie et tout mais il doit être occupé aujourd’hui ». Coi, il va ainsi laisser le président Clément Brunaud présenter le dossier, en apparence singulier mais au final tout à fait familier.

Vous êtes surpris en flagrant délit devant un foyer, rue des Amandiers, suite à un paiement frauduleux. Vous étiez donc surveillé dans le cadre d’un vol mais en fin de compte, vous serez poursuivi pour acquisition et détention de produits stupéfiants, de même que pour la prise du nom d’un tiers. » Effectivement, le prévenu n’a rien fait de mal ce jour-là, si ce n’est que la palpation de sécurité et la perquisition menée à son domicile permettront aux enquêteurs de découvrir plus de 50 g de cocaïne, 500 € en espèces dissimulés dans une enceinte et deux téléphones portables.

« Je ne connais pas ce monsieur mais effectivement, j’ai pris son identité »

Placé en garde à vue, le suspect explique avoir servi de « nourrice » à un certain « Momo », rencontré dans un bar à Clichy, pour se faire un peu d’argent. Il ne consomme lui-même aucune drogue (les tests le confirment) mais, en tant qu’étranger en séjour irrégulier, il n’a aucune ressource… Des recherches sont effectuées et une information judiciaire est ouverte : ce « Momo » demeure introuvable et le restera jusqu’au procès. Les policiers apprennent toutefois que l’homme arrêté en cette fin mai 2012 n’est pas celui qu’il assure être à ce moment-là : Abdel Ouahed L.  est en réalité un habitant de Saint-Etienne. Un Stéphanois donc, qui, depuis 2010, a maille à partir avec la police et les organismes sociaux, qui le soupçonnent d’escroqueries.

Sur ce point, le trentenaire s’explique sans tergiverser au tribunal : « Je suis arrivé en France 2000. Je n’ai pas de papiers. Je ne connais pas ce monsieur mais effectivement, j’ai pris son identité, qu’on m’avait donnée, avec ses coordonnées. C’est que la police me connaissait sous le nom de Karim Ben Ali depuis 2003, notamment pour séjour irrégulier… ». Et, sans prévenir : « Je me suis présenté au tribunal aujourd’hui pour vous dire la vérité. Ben Ali n’est pas non plus mon nom. Voici mon livret de famille et mes médicaments ». Branle-bas de combat devant les magistrats, soufflés de voir l’homme avancer jusqu’à eux et leur tendre un document récent : il dit s’être marié au mois de mai et qu’il s’appelle en fait Madjid B. Qu’il n’est pas Marocain mais Algérien.

Nouveau nom = plus de casier judiciaire. Le président : « Punaise »

Eberlué, le président digère la nouvelle et accepte le revirement du prévenu, manifestement de bonne foi. Son dossier psychiatrique plaide d’ailleurs en sa faveur : suivi à l’hôpital Sainte-Anne, Madjid, alias Karim, est diagnostiqué psychotique chronique. « Sauf que, sous ce nouveau nom, Monsieur n’a pas de casier judiciaire. Punaise… » Le mis en cause reconnaît toutefois les deux condamnations que la justice lui a déjà infligées en 2002 puis 2010, pour vol en réunion et faux documents, outre le séjour irrégulier sur le territoire national.
Un assesseur : « Vous n’avez pas autre chose à nous dire ? ». Rires dans la salle. « Non. J’ai été la nourrice de Momo, ça m’a rapporté 350 €. Les 500 € que vous avez retrouvés chez moi viennent de la vente de téléphones portables, pas de la drogue. Et puis je suis toujours à Sainte-Anne. Je n’ai pas de ressources ». Soit. La procureure à l’audience soulignera l’altération du discernement du prévenu… condamné à quatre mois de prison ferme assortis à quatre autres mois avec sursis.
Karim Ben Ali a très vite quitté le palais, en tant que Madjid B., libre de retourner à l’hôpital et voir un juge d’application des peines.

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