Boulevard du palais : Bienvenue au théâtre

Avocat dans le procès des tireurs de Villiers-le-Bel ou dans la mort médiatisée d’un policier à la foire du Trône, Maître Jean-Christophe Tymoczko est arrivé au tribunal correctionnel de Paris mardi 30 juin 2015 tel le comédien d’un théâtre de boulevard. Pour ? Défendre un client interpellé sans permis.

Photo d'illustration Wikimedia Commons
Photo d’illustration Wikimedia Commons

Mardi 30 juin 2015, tribunal correctionnel de Paris. Les professionnels, le public et certains des justiciables sont entrés par le boulevard du Palais. D’autres, détenus, ont été consignés au « dépôt », dans l’attente de leur comparution immédiate devant les magistrats. C’est le cas d’Amoudjetou S., 24 ans. Un athlétique prévenu, fan de foot et du PSG comme en témoigne son survêtement estampillé du logo, employé d’une supérette chic du quartier de la Défense, avant son placement en détention provisoire à Fresnes, dans le cadre d’un trafic de stupéfiants, pas encore jugé.
La présidente Isabelle Pulver invite le jeune homme à se lever, dans son box. Elle doit examiner son interpellation pour défaut de permis, circulation sans assurance et usurpation d’identité. Le tout, en récidive. Une affaire qui précède son incarcération donc, puisqu’elle remonte à janvier 2013. Une affaire qui aurait dû être l’objet d’une simple « CRPC« . Classique, banale. Sauf que.

Suspension d’audience

« Il est 2h50 du matin ce 5 janvier lorsque la police en patrouille voit une Renault Clio franchir un feu tricolore place Voltaire », indique la magistrate, subitement interrompue dans sa lecture du rapport de synthèse par l’arrivée, à la barre, d’un homme qui vient de grimper deux étages du palais au pas de course. Cet homme, qui vient de fendre l’air réduit dans la salle d’audience (canicule oblige) et le silence respectueux qui y régnait (vis-à-vis des juges), est avocat. C’est Maître Jean-Christophe Tymoczko. « Ce n’est pas une star du barreau », selon sa propre épouse (lire ici son portrait dans Libération) mais son nom apparaît régulièrement dans des dossiers aussi médiatiques que la mort d’un policier à la foire du Trône ou le retentissant procès des tireurs de Villier-le-Bel. L’index gauche pointé vers le plafond décoré du tribunal et une jambe figée dans l’air, le conseil lâche sans poser de question : « J’arrive pour demander le renvoi ». Le renvoi à une audience ultérieure de son client Amoudjetou S., poursuivi ce jour-là pour des délits routiers.

– La présidente : « C’est une micro-procédure, que nous prendrons aujourd’hui’.
– Le défenseur : « Sa famille vient de me prévenir : je ne connais pas le dossier ».
– La présidente : « Je vous laisse le temps de le consulter. Suspension d’audience ! »
Tout le monde de se lever, les magistrats de se retirer, l’avocat de respirer.

« Vous appelez ça savoir conduire ? »

Dix minutes plus tard. Sans plus discuter, Isabelle Pulver reprend la lecture du rapport. Le prévenu n’avait donc pas le permis.
– La présidente : « Pourquoi avoir attendu sept heures de garde à vue pour dire votre véritable identité ? »
– Le prévenu : « J’avais déjà été incarcéré pour cambriolage, donc connu. Je n’avais pas le permis mais tout le monde disait que je savais conduire. J’avais acheté cette voiture à un ami huit jours avant, pour 1 000 €. Ce n’était rien… »

Hmmm. La présidente remet le nez dans ses dossiers. Et : « Quatre pages d’identité judiciaire et cinq condamnations quand même ! Outrage, vols, dégradations… Défaut de permis dès 2009 ! Vous appelez ça savoir conduire, brûler un feu rouge ? ». L’avocat s’est fait oublier. La procureure prend le relais. Elle requiert : « Vous ne savez pas conduire, c’est acquis. Et ne dîtes pas que 1 000 €, ce n’est rien. Je demande que soient prononcés à l’encontre du prévenu quatre mois de prison ferme pour les délits routiers et deux autres pour usurpation d’identité« . Me Tymoczko a emprunté une robe. La parole lui est désormais confiée.

Sa main à couper

« Je suis intervenu devant votre tribunal comme dans des pièces de théâtre de boulevard », s’excuse-t-il de prime abord. « Je n’ai pas le sens de la répartie », feint-il : « Vous avez dit madame la Présidente qu’il s’agissait-là d’une petite procédure. J’aurais dû vous répondre « petite peine », en toute logique ». L’avocat de la défense apostrophe alors le ministère public : « Six mois de prison ferme, c’est beaucoup, même si la peine est aménageable. En CRPC, le parquet n’aurait jamais proposé cela : ma main à couper même si elle ne sert qu’aux effets de manche ».
A l’aise, élégant, le conseil va et vient devant l’estrade d’où les juges surplombent les justiciables et les professionnels. Son arrivée « impromptue » reconnaît-il a marqué mais c’est bien sa plaidoirie qui le distingue.

Il est toujours comme ça », chuchote l’une de ses consoeurs, amusée. Bienvenue au théâtre.

Me Tymoczko enfonce le clou : « Une petite peine donc, méritée, et pas plus ». Qu’entend-il, précisément, par « petite peine » ? Le défenseur file la métaphore et rafraîchit les mémoires : « Le défaut de permis était encore contraventionnel, il y a quinze ans de cela. La récidive ? Elle était punie d’une amende, la première fois ».
Ici, l’éloquence ne prend cependant pas : Amoudjetou S. est condamné à cinq mois de prison ferme.

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