Il mimait des fellations de bon matin, avec 3,50 g d’alcool

Tragi-comique, le procès d’un natif de Sainte-Adresse (près du Havre, Seine-Maritime) qui s’est déroulé vendredi 10 juillet 2015 devant le tribunal correctionnel de Paris. Poursuivi pour « violences sur une femme, en état d’ivresse et en récidive légale », le quinquagénaire a contesté avoir importuné les étudiantes d’une école d’esthétique installée dans l’immeuble qu’il squattait. Récit.

La vie du prévenu a basculé en 2007, année de son divorce (illustration Jmh2o - Wikimedia Commons)
La vie du prévenu a basculé en 2007, année de son divorce (illustration Jmh2o – Wikimedia Commons)

Stéphane C. a fêté ses 53 ans en prison. Interpellé le 3 juin 2015, rue Vernet dans le VIIIe arrondissement de Paris, là-même où se trouve une école d’esthétique et l’étudiante qui l’a dénoncé, l’homme a été placé en détention provisoire jusqu’à son procès. C’est donc menotté que, vendredi 10 juillet, il se présente devant le tribunal correctionnel pour répondre de « violences volontaires, en état d’ivresse et en récidive légale« .

La police a été requise à 8h40 ce matin-là pour une personne qui importunait les jeunes femmes à l’entrée de l’établissement. L’une d’elles, âgée de 20 ans, a dit que le suspect, qui titubait et sentait fortement l’alcool, avait tenté de se jeter sur elle en l’encerclant de ses bras pour la caresser et qu’il avait fini par mimer une fellation et une masturbation », résume la présidente, lisant lentement le rapport de synthèse. « Interrogée, la directrice de l’école a confirmé les déclarations de la plaignante et ajouté que cet homme était présent quasi quotidiennement sur les lieux puisqu’il dormait dans une partie de l’immeuble et qu’il y commettait des dégradations. »

« A ma connaissance, je n’y étais pas »

La magistrate pivote sa tête vers le prévenu mais n’obtient aucune réaction : il a déjà contesté les faits dès sa garde à vue. Tous les faits, même sa présence. Petit, dégarni, Stéphane C. a le teint clair mais il offre un visage marqué, buriné sans doute par les années et les épreuves. A dire vrai, surtout par l’alcool. C’est donc l’air absent qu’il écoute la présidente révéler le taux d’alcoolémie mesuré par les policiers.

– 1,75 mg par litre d’air expiré [soit 3,50 g d’alcool par litre de sang]. A 8h du matin », s’émeut la juge. C’est tout de même sept fois le seuil autorisé pour un conducteur, en somme.
– « C’est vrai que je m’alcoolise des fois car je suis insomniaque mais le matin, je suis à Saint-Lazare, pas rue Vernet », plaide le mise en cause.
– « Aux policiers, vous avez dit que vous ne traîniez pas avec les autres SDF de l’immeuble et que vous ne vous souvenez de rien », reprend-elle.
– « Quelle route ? », demande-t-il.
– « Rue Vernet, au 27. »
– « J’ai des amis qui travaillent dans la restauration là-bas. Je vais les voir à la coupure, le soir, pour partager des cafés et des cigarettes. Jamais le matin. »
– « Mais on vous y a pourtant interpellé à 8h40, ce 3 juin. »
– « Les policiers me l’ont dit mais à ma connaissance, je n’y étais pas. »

Un casier accablant

Stéphane C. n’a pas le don d’ubiquité… Ses arguments peinent à convaincre et le dialogue avec la magistrate, résignée, tourne court. Elle tente une dernière approche :

– Avez-vous déjà fait ce genre de choses ? »
– « Quoi ? Je suis désolé de vous faire répéter mais j’entends mal. »
– « Avez-vous déjà simulé des actes de fellation ou de masturbation ? », répète-t-elle, très fort.
– « Ah çaaaaaa ! Oui, quand j’étais plus jeune, m’enfin… », ronchonne-t-il.
– « La dernière fois, c’était en décembre 2014 ! »

La présidente dévoile son va-tout : le casier judiciaire du prévenu, qu’elle épluche, condamnation par condamnation. Qu’elle ait été prononcée par ses confrères du Havre, de Rouen, ou de Paris. La juge compte huit antécédents en tout : la première moitié concerne des exhibitions sexuelles et l’autre, des violences en état d’ivresse…

Le quinquagénaire restera en prison

Comment Stéphane C., en est-il arrivé là ? « J’habite au Havre », avait-il commencé par dire. En réalité, « à Paris, je suis hébergé par des amis, entre autres », lâche le quinquagénaire. On apprendra qu’il dort parfois dans des foyers, ou dans la rue. « Votre casier judiciaire commence en 2007, l’année de votre divorce d’avec la mère de votre fille, majeure, qui vivent en Normandie. C’est aussi l’année de la dégradation de votre situation. Vous êtes suivi en alcoologie, mais de façon décousue », rapporte la présidente.
Obtus, le prévenu fronce les sourcils, hausse les épaules, fait mine de ne pas saisir. Quand on en vient à sa personne, il fronde : « Je vais avoir un emploi en tuyauterie-chaudronnerie, par une boîte d’intérim ». Le psychiatre qui l’a examiné en garde à vue dira que son patient a « une personnalité frustre et un discours pauvre ». Le médecin le reconnaît également « alcoolo-dépendant chronique ». Curieusement, le praticien ne relèvera aucune abolition ni altération de son discernement et ne proposera ainsi aucune obligation de soins.
Atterrée par le comportement de Stéphane C., qui « a terrorisé les étudiantes », la procureure à l’audience réclame contre lui une peine de huit mois de prison dont quatre assortis du sursis, avec une mise à l’épreuve de deux ans et un mandat de dépôt. Le quinquagénaire restera derrière les barreaux : le tribunal l’a condamné à trois mois ferme, trois autres avec sursis, une mise à l’épreuve de deux ans comme requis, comportant une obligation de soins, de travail et de domicile. En outre, la justice lui a interdit de reparaître rue Vernet.

Article repris sur Normandie-actu.fr !

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