Quatre rouges à lèvres cachés dans… le vagin

L’une est âgée de 21 ans, l’autre de 23. La première habite à Villiers-le-Bel, la seconde à Stains. Ces deux banlieusardes ont été surprises en flagrant délit de vol à l’étalage dans une grande enseigne de produits cosmétiques, au centre commercial Italie 2, Paris XIIIe. Leur procès s’est déroulé jeudi 9 juillet 2015. Expéditif mais marquant.

Illustration pixabay - cc
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L’estomac, l’anus, ou le vagin : on savait que les orifices corporels servent de planque aux passeurs de drogue. Mais aux voleuses à l’étalage ? Si elle est étonnée, Florence Schmidt-Pariset, présidente du tribunal correctionnel de Paris chargée des procédures d’urgence, ne laisse rien paraître de sa consternation. Jeudi 9 juillet 2015, la juge et ses deux assesseurs ont un dossier ordinaire de vol à l’étalage à examiner. Facile à démêler car les deux prévenues avaient avoué. Néanmoins délicat à aborder : l’aînée des suspectes, âgée de 23 ans, avait utilisé son intimité pour dissimuler quatre rouges à lèvres et la plus jeune, 21 ans, a dû s’expliquer sur ses… vingt-huit gardes à vue et quatorze mentions au casier judiciaire. Particulier, ce procès.

Masques et gants en latex

Déroutant dès les premiers instants. Jacqueline T., la cadette, et Anne-Laure Y., arrivent dans le box des détenus entravées de menottes aux poignets et encadrées par deux gendarmes. Tous les quatre portent des masques médicaux et des gants en latex. « Que se passe-t-il ? », s’interrogent des avocats en se regardant, interdits. La présidente ne l’indiquera que bien plus tard mais Jacqueline T. a la tuberculose, une maladie infectieuse et contagieuse. D’où les précautions, exceptionnelles. Florence Schmidt-Pariset commence à lire le dossier : « Vous êtes prévenues pour avoir, mardi 7 juillet, à Paris, au centre commercial Italie 2 dans le XIIIe, volé des produits cosmétiques dans un magasin où l’une de vous était venue pour se faire rembourser un achat. Un vigile, qui avait trouvé votre comportement bizarre, vous a interceptées après les caisses et a appelé la police. Jacqueline T. a été interpellée en possession d’un parfum à 109,50 €. Anne-Laure Y., avec quatre rouges à lèvres dans le vagin, pour 46 € au total ». La juge relève la tête, observe la salle, les suspectes, encore la salle, retourne à son dossier, puis essaie de comprendre : « Ces rouges à lèvres placés dans votre intimité, vous n’aviez pas d’argent pour les payer ? ».

« C’est bête, ce qu’on a fait »

Anne-Laure Y., une jeune femme plutôt ronde et très féminine, concède qu’elle en a, de l’argent. Elle vient de finir un CDD chez Disney, comme vendeuse, et elle a rendez-vous lundi pour un nouveau poste, cette fois dans le milieu automobile, à Clichy. Elle réside chez sa mère, à Stains. Son casier judiciaire est vierge. « Les produits étaient dissimulés entre votre bas-ventre et votre culotte. Vous avez été arrêtée dans une boutique, où vous aviez encore dissimulé pour plus de 200 € d’articles… C’est bien, d’avoir une promesse d’embauche. Mais quelqu’un qui vole… », moralise la juge, sans faire plus de commentaires ni donner de précisions sur l’endroit exact où la prévenue cachait son butin. Florence Schmidt-Pariset a encore Jacqueline T., à questionner. « Pourquoi ? », demande-t-elle simplement à cette habitante, menue, aux cheveux raides, charbons, et longs, de Villiers-le-Bel. « J’avais 130 € sur moi : de quoi payer, oui. C’est bête, ce qu’on a fait », reconnaît la multirécidiviste.

Amende pour l’une, prison ferme pour l’autre

« Jacqueline T., vendeuse, a un salaire de 1 045 €. Elle est âgée de 21 ans. J’ai cherché et vérifié : la police l’a interpellée vingt-huit fois en tout. Pour des vols mais aussi pour usurpation d’identité. Et son casier judiciaire comporte quatorze mentions. Le jour des faits, elle était en sursis avec mise à l’épreuve, jusque fin 2016 ! C’est simple, je vous demande de la condamner à quatre mois de prison ferme et de la placer sous mandat de dépôt », requiert le procureur à l’audience, qui souhaite par ailleurs que quinze jours avec sursis soient prononcés à l’encontre de Jacqueline Y., « à titre d’avertissement ». La défense rappelle le statut de primo-délinquante de cette dernière, de tuberculeuse de la première. Jugement : 200 € d’amende pour l’une, six mois ferme (sans mandat de dépôt) pour l’autre.

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