Amar M., 43 ans, voleur, drogué, 38 fois condamné

Un Parisien du XVIIe arrondissement a été interpellé en flagrant délit de vol : il avait arraché ses billets au client d’une banque, dans la rue. Présenté en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel jeudi 9 juillet 2015, le prévenu a demandé un délai pour préparer sa défense : polytoxicomane, il a passé plus de quinze ans de sa vie en prison et veut être soigné.

Palais de justice de Paris (illustration Carlos Delgado/Wikimedia Commons)
Palais de justice de Paris (illustration Carlos Delgado/Wikimedia Commons)

« C’est pas une vie Madame. J’avais rendez-vous avec un psychiatre car ça va pas. A Fleury, j’ai pris un coup à la tête et après, j’ai commencé à entendre des voix. A chaque fois que je ressors de prison, ça recommence. J’ai pris de l’héroïne en 1988. Et puis y a eu le crack… » Amar M., 43 ans, ne conteste pas le motif de son interpellation, lundi 6 juillet 2015. Il a bien arraché les billets qu’un piéton venait de récupérer à un distributeur de banque. Il a volé, c’est certain, et ce n’était pas la première fois, pas de souci. « Je demande à ce que mon affaire soit renvoyée. J’ai besoin d’une expertise. Je veux être interné », implore le polytoxicomane, multirécidiviste.

La présidente du tribunal correctionnel de Paris à qui il est présenté, en comparution immédiate, a compté : « Effectivement, je vois trente-huit condamnations, la dernière ayant été prononcée en novembre 2014. Un an ferme avec mandat de dépôt et ce 20 juin, vous êtes déjà dehors… Eh bien ! ». « J’ai bénéficié de trois mois de remise de peine exceptionnels, avec mes problèmes. » « Et trois semaines après, vous vous remettez à voler !? » « C’est vrai, c’est pas une vie Madame. »

Héroïne, crack, cocaïne, shit

Barbe de trois jours, grisonnante, regard las, yeux globuleux, traits fins dans un corps gras, Amar M. attend maintenant de connaître la date de son procès, qui sera donc reporté. Il se rassoit dans le box des détenus, patraque. Les magistrats doivent apprécier ses garanties de représentation lors de ce renvoi, mais aussi le risque de réitération. Florence Schmidt-Pariset exhorte donc le prévenu à se relever, pour expliquer (un peu) qui il est. L’habitué des prêtoires se dresse, vanné. « Je n’ai pas de profession. J’habite chez ma mère, 71 ans. Séparé. J’ai deux filles, de 21 et 22 ans. Je suis grand-père depuis le 8 novembre. Shit, cocaïne, crack… Vols, escroqueries… On m’a tout révoqué mes sursis (sic). Ça part, ça vient. Mes enfants n’en peuvent plus. Ma première drogue ? L’héroïne, le crack », récite-t-il, de plus en plus épuisé.

– On n’en sort pas facilement, du crack », admet la juge.
– « Non. »
– « Et vous êtes devenu accro aux traitements de substitution, aussi. »
– « Oui. »

Plus de 15 ans, ces 20 dernières années, derrière les barreaux

Le procureur de la République à l’audience a calculé, lui aussi. « Depuis vingt ans, Monsieur a passé plus de quinze années de sa vie en prison, avec deux semaines de liberté environ entre chaque incarcération. Je réclame de votre tribunal qu’il place le prévenu en détention provisoire jusqu’à la prochaine comparution. Il a volé pour s’acheter de la drogue », requiert-il vivement, convaincu.
La défense tente d’insister sur la personnalité de son client et demande ainsi une expertise psychiatrique, qui lui sera accordée. Amar M. doit être jugé le jeudi 20 août. Il passera néanmoins six semaines de plus derrière les barreaux.

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