« Depuis qu’on m’a interdit de voir mes enfants, j’ai plongé »

Reica D., 22 ans, a frappé et menacé de mort des responsables de l’Aide sociale à l’enfance. Elle ne le nie pas, et ne le regrette pas : son éducatrice et la supérieure de celle-ci l’auraient empêchée de voir ses deux filles, placées en famille d’accueil.

La mère de famille se présentera libre, sous contrôle judiciaire, mardi 6 octobre, pour répondre des violences, outrages et menaces de mort sur ses éducatrices.
La mère de famille se présentera libre, sous contrôle judiciaire, le 6 octobre, pour répondre de violences, outrages et menaces de mort.

La jeune femme a encore les expressions d’une adolescente. Le visage poupin de ses 22 ans dévoile pourtant la détresse d’une mère qui a perdu la famille qu’elle veut maintenant construire. Reica D. regrette, qu’on lui ait retiré sa fille aînée, désormais placée, au Mans. Elle se repentit, d’avoir confié sa petite de 11 mois, placée aussi mais nul ne sait où. Au tribunal correctionnel de Paris devant lequel cette habitante du XIe arrondissement est présentée en comparution immédiate jeudi 3 septembre, elle n’aura de cesse de le répéter : « Tant que je ne verrai pas mes enfants, je ne pourrai pas réfléchir à ce que je vais faire pour les élever ». C’est ainsi que, quand la présidente Florence Schmidt-Pariset lui demande quels sont ses projets d’avenir, Reica D. bute sur les mots et lâche le seul terme qui lui lui vient à l’esprit : « Je suis bloquée ».

Butée, bornée. La prévenue ne nie pas les menaces de mort et violences sur deux responsables de l’Aide sociale à l’enfance. Elle ne les regrette pas, d’ailleurs, et persiste : « Depuis qu’on m’a interdit de voir mes enfants, j’ai plongé. Mais je ne m’excuserai pas pour ce que j’ai fait ».

« Elles n’avaient pas le droit »

« Vous ne serez pas jugée ce soir madame, l’assurance maladie de l’une des deux parties civiles, qui a eu deux jours d’incapacité de travail, n’ayant pas été avisée. Je vais simplement lire les infractions qu’on vous reproche et vous interroger pour savoir ce qu’on fait de vous jusqu’à la date du renvoi de l’audience », explique clairement Florence Schmidt-Pariset. Dans sa grande toge immaculée – Reica D. est « tombée dans la religion » voici quelques semaines, dira l’enquêtrice sociale -, la prévenue écoute attentivement, les mains jointes sur le ventre.

Sale pute, pétasse […] Je vais boire ton sang, tu vas payer. » C’est sommairement, les outrages et menaces qu’elle a commis à l’encontre de son éducatrice spécialisée, avant de lui asséner des coups de poings, de pieds, et de lui arracher sa perruque le 1er septembre, en plein tribunal pour enfants. La jeune femme reconnaît avoir proféré les mêmes outrages et mêmes menaces contre la responsable adjointe de l’Aide sociale à l’enfance. A l’audience, Reica D. répète inlassablement : « Le juge ne m’a pas interdit de voir mes filles. Elles, si. Elles n’avaient pas le droit ».

Centre éducatif, Sainte-Anne, maison close en Allemagne…

Déconcertée par la lecture des procès-verbaux et l’agressivité de la prévenue ainsi décrite, la présidente brosse rapidement la personnalité de cette mère de famille, fragile et inconsolable.

Vous avez arrêté l’école en classe de 5e. Vous avez été prise en charge jusqu’à la majorité pour des problèmes de comportement, notamment liés à la consommation d’alcool et de cannabis. » La jeune femme interrompt la magistrate fébrilement : « Comme toute adolescente, je pensais tout connaître de la vie mais je me suis trompée. J’ai arrêté. Je souhaite revoir mes filles, devenir une mère exemplaire et travailler ».

La présidente reprend son récit : « Vos filles ont chacune un père différent. Vous ne les avez pas revues depuis six mois : la blessure est manifeste. Vous êtes partie en Allemagne pour travailler dans un bordel mais y êtes restée peu de temps, et vous êtes revenue vivre chez votre mère, à Paris. Je note que vous avez été admise à l’hôpital Sainte-Anne à deux reprises, entre vos placements en centre éducatif fermé ».
Reica D. admet ses « erreurs de jeunesse ». Les minutes passent, les affaires défilent et puis… De retour dans le box des prévenus, elle lâche un grand sourire de soulagement : contrairement aux réquisitions du procureur qui réclamait son placement en détention provisoire jusqu’au procès, le tribunal vient de lui donner une énième chance en lui offrant la liberté, sous contrôle judiciaire. Elle a désormais l’obligation de se soumettre à une expertise psychiatrique, avant le renvoi au mardi 6 octobre pour répondre des violences et des outrages sur ses éducatrices, qu’elle ne devra plus approcher.

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